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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 13:32

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Je suis allongée sur mon lit, la tête confortablement réhaussée par deux gros oreillers, Maguy postée sur mon ventre et ses ronronnements qui chatouillent mon cou.

 

Je regarde autour de moi, mes doigts perdus dans le pelage si doux, et me ré-approprie peu à peu meubles, objets et souvenirs de la pièce qui m'entoure.

 

Il s'est passé tant de choses en l'espace de quelques semaines.

 

Je me souviens du vide qui s'est immiscé en moi. De la décision qui s'est imposée d'un coup d'un seul et du soulagement que j'en ai retiré. Je me souviens avoir fait calmement mes bagages, rassemblant méthodiquement tout ce qui avait fait mon été parisien pour être sûre de ne rien oublier. Je me souviens avoir passé deux coups de fil et ai été surprise de l'apaisement ressenti par mes interlocuteurs.

 

Je me souviens aussi des fous-rires échangés avec mon vrai double alors qu'on traînait derrière nous ces deux grosses valises témoins de mon besoin de remplir autrement la vacuité d'une relation fânée. Je me souviens des escaliers, des sourires échangés avec des inconnus qui nous prenaient chacune une anse, nous évitant le risque de nous faire entraîner par le poids de mes erreurs passées. Je me souviens avoir compris ici la vraie valeur du mot dévouement, alors que je la regardais me suivre dans ma fuite organisée, dans une rame de métro entre deux changements.

 

Je me souviens de l'accueil d'un couple adorable, de nos discussions jusqu'à tard le soir, d'une choucroute d'enfer, d'avoir appris ce qu'est un auditeur avec des bouteilles d'Evian et du lit qu'ils m'avaient installé dans leur salon si bien décoré.

 

Je me souviens aussi des premières nuits. De l'égrénage alangui des heures en chiffres rouges sur le boîtier free, du glissement léger des chaussons sur le parquet de l'appartement du dessus, du vent qui soufflait dans les volets et de mes rêves perturbés. Je me souviens aussi de ma surprise face aux larmes qui m'accueillaient le matin, sous la douche préférentiellement, alors que je me réchauffais l'âme en oubliant ma fatigue.

 

Je me souviens surtout des éclaircies qui venaient peu à peu illuminer ma journée : mes collègues adorables qui trouvaient les mots justes pour me faire rêver à nouveau, la douceur du regard de Roxane quand je lui livrais un sanglot, les SMS et autres coups de fil réconfortants qui venaient peu à peu panser cette blessure interne.

 

Je me souviens de l'expédition le jour J. De mon soulagement une fois mon chat récupéré et tous les trousseaux de clés bien glissés dans leur boîtes aux lettres respectives. De ce dernier tour en taxi dans Paris, alors que le soleil timide éclairait d'une jolie lumière les bâtiments chargés d'histoire. De mon dernier jour et de mes aurevoirs à cette rue, ma rue, rue de Sévigné, ainsi qu'à ses occupants attachants. Je me souviens d'elle encore, toujours là pour moi et bien décidée à me le montrer, me confiant au train qui me ramènerait aux sources, sa belle chevelure aux reflets caramel et son sourire dans l'effusion de la Gare de Lyon un vendredi soir.

 

Je me souviens enfin du soulagement ressenti en apercevant une silhouette si familière, courbée en deux pour tenter de m'apercevoir parmi les passagers. De sa joie de m'avoir rien que pour elle, de nos péripéties sur le chemin du retour et des sensations de conduite oubliées quand je retouchais à nouveau à un volant pour la soulager. Je me souviens des repas garguantuesques, des balades en forêt, des confessions peu catholiques et de nos rires mélangés. Je me souviens de mon air embêté quand elle informait tout son entourage de mon changement de statut, sa fierté quand elle me présentait à toute l'équipe du folklore et son affairement pour le voyage que nous préparions.

 

Mais je me souviens surtout de la jouissance extrême ressentie alors que je montais pour la première fois sur le petit tracteur-tondeuse, de mes relans d'enfance sucrée à la ferme, du potager et ses merveilles, de la cueillette des haricots comme des oignons rouges, de l'air frais enfin, qui venait oxyder mon coeur pollué.

 

Et la peine qui s'allège peu à peu, les horizons nouveaux d'une vie sans préméditations, l'amour unique qui se retrouve divisé mais aussi décuplé. La confiance qui renaît dans le trouble d'un regard masculin et les mots doux, toujours, d'un entourage précieux. Le plaisir aussi, d'une folie routière, d'un dépassement de soi, d'une symbiose avec l'eau lors d'un bain sans témoins au sein d'un hôtel étoilé. Ma première course, 6 km, l'expérience nouvelle de courir sur sable mouillé, les encouragements de la foule, les sourires épuisés partagés avec deux amies de la bloguosphère.

 

Puis vient aussi le grand retour, ma silhouette chargée dans le hall de la gare de Nice, la reprise tranquille d'un quotidien passionnant, me permettant de soigner profondément la blessure devenue fine cicatrice. Les retrouvailles d'avec les copines et les nouvelles rencontres aussi.

 

Les étapes d'une renaissance sont passionnantes. Brutales parfois mais aussi très douces par moment, et on comprend à travers elles toute la richesse qui fait la vie : la promesse d'un renouveau encore plus fort, la reconstruction importante de tout ce qui fait soi et les moments qui ne s'écrivent qu'entre parenthèses, à l'instant où on ouvre une portière et qu'une main nous rattrape pour nous faire goûter à des sentiments oubliés ...

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 16:10

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Il pleut.

 

Je marche sur le bitume, slalomant entre les flaques qui se forment sur la chaussée.

Mes petites ballerines dérapent un peu sur le sol glissant et je dois m’appuyer plus fortement sur mes talons à chaque pas.

 

Abritée par un grand parapluie marron mon regard croise quelques têtes capuchées et autres ombres en k-way.

 

Je descends les quelques marches qui permettent d’accéder à la petite place du village et rencontre un crissement singulier sous mes semelles lorsque j’atteins le sol. Un gravier très léger m’accueille, transformé par l’eau en un semblant de sable, grossièrement taillé.

 

Mais cela suffit à mon imagination pour baisser encore un peu plus mon parapluie, de manière à ne plus avoir comme horizon que cette étendue de sable et mes pieds crissant à son contact.

 

Je ferme les yeux et m’imagine la mer pas loin.

Le bruit de la pluie devient un joli clapotis des calmes vagues que ramène le vent sur la plage.

J’imagine un port d’attache, des bateaux de pêcheurs rentrant de leurs aventures maritimes, le poisson frais qui se vend déjà sur le quai.

J’imagine aussi le cri des mouettes, l’odeur des embruns, la multitude colorée de coquillages formant un sillon anarchique sur le sable, le temps qui s’arrête enfin.

 

Mais également l’odeur du cidre, de la pâte à crêpes et les éclats de voix qui s’échappent d’une taverne toute proche, le rire d’enfants en vêtements de pluie jaune courant sur la plage déserte.

 

J’imagine mes cheveux lâchés revenant sur mon visage au gré des envies du large, le goût du sel sur mes lèvres, ma langue qui s’y promène pour y goûter.

 

J’imagine un ciel rempli de nuages, s’effaçant parfois pour laisser le soleil tenter une éclaircie. J’imagine un horizon lavé de tous soucis.

 

Mes mains s’enfonçant dans les poches de ce double auquel je m’attache sans compter. La chaleur de son corps perceptible au travers du tissu lourd, le frisson que cela déclenche le long de ma colonne vertébrale.

 

Le vent ramène sur mon visage quelques gouttes de pluie qui me font sursauter.

Je suis au milieu de la grande place d’une ville en région parisienne, mes cheveux légèrement trempés par l’inadvertance de mon parapluie qui s’est mis à glisser pendant mes rêveries, en quête d’une boulangerie encore ouverte un dimanche midi.

 

Quelques inconnus se sont arrêtés pour m’observer, je remonte mon parapluie et quitte à regrets ce simili sable qui m’a permis de rêver quelques secondes et m’échapper ainsi  de ma routine habituellement toute calculée.

 

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 22:55

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Elle a peut-être cinquante ans. Son visage est marqué, de fines rides encadrent ses yeux, ses cheveux châtains sont teints en blond cendré, elle avance à tâtons mais jamais à reculons dans la vie.

Son rire se transforme systématiquement en quinte de toux, héritage des cigarettes qu’elle fume par paquets tout au long de la journée. Elle a cet air un peu sauvage, un peu sage, aussi. Malgré le grain de folie de ses propos, les jolis mots fusent et témoignent d’une certaine aisance verbale, d’une jolie culture.

Elle a de quoi m’étonner, et je ne me lasse pas de l’observer. Elle a ce côté très maternel qui m’attire tout de suite, une tendance à embellir les échanges du quotidien par de jolis surnoms. Ma beauté. Mon chat. Mon amour. Ma toute belle.

Cette chaleur qu’elle donne me fait du bien, ses attentions toutes simples me caressent de leur douceur maternelle qui me fait actuellement défaut. Comme si elle le sentait. Comme si elle savait.

Rien que le diminutif de son prénom pourrait la résumer tout entière. Béa. Un cocktail molotov de bonne humeur avec des éclats de douceur. Une partie d’un grand tout, une carapace qui peine à contenir un trop plein d’amour.

«Je suis sûre qu’elle boit aussi, ça se voit, ça se sent, elle le porte sur son visage.» Ces mots prononcés par une autre de mes collègues me font du mal. Peut-être parce que moi je suis incapable de savoir ces choses-là. Peut-être parce que ce genre de «secret» lui appartient et ne me regarde en rien. Et que d’entendre d’autres le supposer me la salissent un peu, l’abîment d’un préjugé de plus, la plombent d’un boulet supplémentaire accroché à ses fines chevilles.

Elle porte des converses blanches. Basses. Avec les coutures et le logo de la marque rouges. Elle me dit que c’est la seule couleur de converse qu’elle peut porter, que l’image de la marque selon elle c’est cette non couleur symbole de pureté avec son fin liseré rouge. Et je la comprends. Même si les miennes sont beiges.

Elle a trois filles et un petit fils qu’elle aime à la folie. Je connais tous leurs prénoms, leurs habitudes, leurs galères et leurs bonheurs, leur vie passée au filtre de son amour maternel. Elle dit d’ailleurs qu’elle veut m’adopter. Qu’elle avait toujours voulu avoir quatre filles et que j’ai le même âge que sa dernière. Moi je l’écoute et je ris. Beaucoup.

Elle se lance corps et âme dans ses projets, son boulot, ses enfants et l’amitié qu’elle offre facilement aux personnes qui lui semblent la mériter. Car «dans la vie il y a autant de belles personnes que de vilaines. Il faut juste faire le tri. Un tri sélectif géant bénéfique pour avancer dans la vie, bien entourée des bonnes personnes. Celles qui nous soutiennent, nous aiment, nous comprennent, nous apprennent quelque chose, nous font du bien tout simplement.»

Et Béa me fait du bien. Comme il paraît que je lui en fais en retour. Je ne pensais pas aux effets secondaires que pouvait engendrer l’envoi d’un tout petit SMS, écrit dans la quiétude d’une fin de soirée et d’un début de nuit, happée par la magie de quelques lignes tirées du roman que je lisais : «Elle était aussi énergique, aussi intolérante et sage, aussi gentille et brusque que toujours.Les années l’avaient caramélisée, comme une pomme d’amour.» J’ai trouvé que cette définition lui convenait tout à fait et je n’ai pas pu m’empêcher de lui envoyer. Car c’est important de dire aux personnes qui comptent pour vous que vous pensez à elles.

Mais j’ai du mal à recevoir autant d’une personne qui m’était encore inconnue il y a de ça quelques semaines. Je me méfie, je me protège. Je me dis que mon CDD se termine dans moins d’un mois, qu’alors je quitterai Paris pour revenir à ma petite vie Niçoise, bien occupée par ma dernière année d’études. Et que cette belle relation de travail restera ce qu’elle est, une jolie parenthèse dans mon apprentissage de la vie. J’ai peur qu’elle s’attache trop à moi. J’ai surtout peur de la décevoir. Comme je déçois ma propre mère. A avoir autant de tendresse en soi et à recevoir tout ce que veulent bien me confier les autres me rend très fragile, je me perds dans les désirs des autres en oubliant les miens.

Je suis à une période de ma vie où je ne sais pas bien où j’en suis et où je vais. Mais contrairement aux apparences ça ne me déplaît pas finalement. L’horizon des possibles s’ouvre enfin, cette période de la vie que j’attendais avec tant d’impatience étant enfant est enfin arrivée, je vole (presque) de mes propres ailes.


L’amour c’est vraiment pas évident. Alors je continue d’apprendre en vivant, voyageant, travaillant et en rencontrant de nouvelles personnes.

Et Béa fait partie de mes belles rencontres de l’été. Avec un petit truc en plus, ce besoin d’amour ou simplement d’une oreille prête à écouter ses confidences, cette façon qu’elle a d’affronter la vie qui semble lui présenter, en retour, que des obstacles.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 19:38

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Hier soir alors que mon cerveau rechignait à s'enfiler le flot de données que je lui imposais (encore) de mémoriser et que, profitant de la fin d'un chapitre je me distrayais en faisant la vaisselle (oui la vie est moche quand on est en période de partiels), les mains dans l'eau une petite phrase est venue s'immiscer dans mes pensées.

 

"N'empêche que tu sais que ça m'a fait drôlement plaisir la dernière fois quand tu es venue avec une fleur pour moi."

 

Prononcée 10 jours plus tôt, il faut croire que mon cerveau n'avait pas encore eu le temps de l'analyser, par ma petite princesse de 3 ans et demi qui émerveille chaque fois d'avantage mon statut de baby-sitter.

 

Elle faisait référence à la fois où j'étais venue la garder de bon matin, il y a quelques semaines de ça, alors qu'elle avait subitement contracté la varicelle et ne pouvait par conséquent pas participer à une sortie scolaire aux Îles de Lérins.

 

Sur le chemin j'avais trouvé une jolie fleur rouge, comme une sorte de grosse marguerite, un gerbera me soufflerait ma grand-mère, haute sur tige, toute belle mais délaissée sur le trottoir, comme échappée d'un joli bouquet, trop étouffant pour elle. J'avais trouvé ça surprenant et hésité une minute à la ramasser. Et puis zut elle était vraiment trop jolie pour être abandonnée à la portée des pots d'échappement. J'étais donc arrivée la fleur au fusil dans une main quand elle m'avait ouvert la porte, recouverte de boutons rouges ce matin-là.

 

Apercevant sa curiosité vis à vis de cette jolie et unique fleur dans ma main, je la lui avais tendue, le plus naturellement du monde avec cette phrase "Tiens c'est pour toi !". Son sourire avait alors illuminé sa petite bouille criblée de boutons et elle s'en était saisie avec précaution, la contemplant longuement avant de crier sa joie : "Mamaaaaaaaaaaaan, Camille elle m'a apportééééééé une joliiiiieeeeee fleur !" exigeant au plus vite un petit vase pour sa protégée.

 

Son bonheur sur l'instant m'avait réchauffé le coeur mais je n'en avais pas gardé un souvenir impérissable, trouvant simplement les hasards de la vie une fois de plus très chouettes.

 

Mais sa petite phrase, loin d'être innocente, m'a fait prendre conscience d'une chose : j'étais sûrement la première personne à lui avoir offert une fleur. Et, me souvenant brusquement de l'importance de ce genre d'événement dans la vie de toute fille (je me souviens de mes premières fleurs offertes par mon père à l'occasion d'un de mes anniversaires), j'ai été (presque) aussi émue qu'elle alors qu'elle me glissait doucement ces mots, ses petits doigts dans mes cheveux, sur le ton du rêve et de la magie que protège encore l'âge des vêtements de princesses ...

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 10:32

 

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Les premiers rayons de soleil de la journée caressent mes épaules lors de mon ascension. Couchée tard mais réveillée tôt, j'ai eu des fourmis dans les pieds me poussant à profiter de ce beau début de matinée. Baskets au pied et musique dans les oreilles je monte d'un bon pas aux jardins du Monastère, quittant un quartier bruyant et affairé pour un autre plus zen et protégé, seulement séparés par quelques mètres de dénivelé.

 

Escalier sur escalier mon rythme cardiaque s'échauffe, mes muscles se réveillent et mes lèvres fredonnent la mélodie qui enchante mes oreilles. Je suis bien. Je suis loin. Loin de mes révisions, loin des fiches qui encadrent ma tête de lit, loin des cours stabilotés qui s'entassent sur mon bureau, à quelques centimètres de mon programme de révisions, affichant les jours et les tâches passés et ceux restant encore à accomplir. Ces pauses sportives me donnent l'impression de sortir la tête hors de l'eau, de ressentir mon corps un peu trop délaissé pour l'esprit en ce moment. Oui ça fait mal mais qu'est-ce que c'est bon de se sentir vivante.

 

J'entame mes tours du parc aux oliviers jouxtant la villa Matisse. Il n'y a presque personne, seulement quelques couples maîtres-chiens pas encore très réveillés et un petit rassemblement de personnes âgées à la terrasse de la petite buvette installée à côté du manège en bois. Ainsi que les hommes d'entretien, qui repeignent à la chaux la villa ou tondent l'herbe du parc. Je prends mon rythme et me noie dans les paroles de la musique. Je sens ma queue de cheval fouetter doucement mes épaules à chaque mouvement et cette sensation familière me rassure.

 

Lorsque mon entrain s'effrite un peu et que je commence à ressentir la sentence de ma gourmandise en période pré-partiels, je décide de ralentir un peu le rythme et d'aller faire quelques étirements dans le joli parc du monastère.

Le parfum des roses m'ennivre presque immédiatement, le ciel est bleu et la vue sur la mer complètement dégagée. Je me sens bien, apaisée. Je profite de cette pause pour effectuer quelques étirements et croise un joli matou caramel et blanc, lassivement allongé sur les dalles réchauffées du parc.

 

Mon regard perdu dans la vue, je tréssaute un peu quand je sens comme une caresse sur le mollet. Une longue queue tigrée se frotte contre ma jambe, tandis que son propriétaire hume mon odeur de transpiration. Il saute sur le petit muret auquel je suis appuyée et se met à ronronner, très clair sur ses intentions félines. Un petit câlin plus tard il reprend nonchalement son chemin, avec la fierté du propriétaire des lieux, s'arrêtant ici et là pour une pause toilette.

 

Et alors que je l'observe se prélasser au soleil, son pelage caramel noyé par des rayons dorés, je meurs d'envie de changer d'espèce et d'abandonner tout ce stress que la vie nous impose parfois, pour n'avoir d'autre préoccupation que le bonheur de l'instant, entourée par les fabuleux rosiers du monastère, avec une vue qui surplombe toute l'étendue d'une ville se jetant dans la mer.

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 19:57

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Mon nez coule et je me traîne, avide de trouver quelque chose à me mettre sous la dent pour échapper à la torpeur des révisions. La vaisselle dans l'évier ? Déjà faite. Le rangement printannier dans mon dressing ? Bien avancé quoique freiné par la chute dernière des températures. J'éternue une nouvelle fois  et me précipite vers la boîte à mouchoirs.

 

Je suis en train de faire un tri dans mes petits hauts estivaux quand le téléphone sonne. Le combiné affiche fièrement le nom de mon interlocuteur : "Mamita". Avec le sourire et en repensant au texto que je lui ai envoyé ce week-end je décroche et m'enquière des dernières nouvelles. Ce coup de fil hebdomadaire nous fait beaucoup de bien, nous permettant de partager nos quotidiens et de réfléchir ensemble sur certains sujets déco, financier ou encore professionnel.

 

Je reconnais sa voix posée, ses petits tics de langage, sa manière bien à elle de faire claquer sa langue pour ajouter de la prestance à un argument pertinent.

 

Je me réconforte en entendant les modulations de sa voix ponctuant le récit de la semaine passée, le détail de la météo toujours aussi capricieuse, la note amère de la dernière livraison de fioul : "j'ai consommé 500L de plus que l'an passé, tu te rends compte ?".

 

Je ferme les yeux quand elle évoque sa maison, les coussins de la banquette qu'elle a enfin redescendu dans la salle à manger, rassurée par la très nette diminution des carnages déco improvisés par son jeune chien. J'aime frissonner lorsqu'elle évoque le changement du brûleur de la grosse chaudière de la cuisine,  ressentant juste par cette simple évocation la chaleur qui s'en délivre quotidiennement.

 

La conversation dévie inévitablement vers le fait que dans la vie, et encore plus en étant jeune adulte ou fraîchement personne âgée, il ne faut pas se laisser bouffer par les autres, notamment les prestataires de services comme les banques, restaurants ou autres plombiers. Nous enchérissons avec passion de nos propres expériences et de quelques témoignages vus à la télévision, sur l'arnaque organisée de certaines boîtes envers les personnes âgées.

 

Et ce que j'aime par dessus tout c'est quand elle évoque une aventure passée, quand elle me dessine de ses mots bien choisis le contexte, l'ambiance et les gens qui l'entouraient, mêlant la rhétorique à quelques jolies phrases bien tournées, me faisant vivre les dialogues comme si j'y étais, là, dans cette petite gargote où elle avait décidé d'inviter ses amies à déguster du boudin antillais.

 

J'aime le fait que nos conversations lui permettent de s'évader de son quotidien comme moi du mien et de se replonger dans des souvenirs brillants où sa pugnacité n'était pas à démontrer. J'aime l'entendre conclure par un de ses "Tu vois, on ne la faisait pas à ta grand-mère" ou encore "et je peux te dire qu'il n'osait même plus ouvrir son bec".

 

De didascalies en changement de personnages, le décor est tout tracé malgré la distance des interlocuteurs. Avoir ma grand-mère au téléphone, c'est comme assister à une pièce de théâtre orchestrée par une artiste de talent, un one-woman show familier qui réchauffe mes problèmes de velléité pré-partiels.

 

Et rien que pour ça je l'aime ! :)

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 22:43

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Nous avons besoin de savoir qui nous sommes.

D'où on vient, quelle est notre histoire, celle dont on est issu, celle de nos parents avant nous, celle qui nous explique et nous en apprend tant sur nous.

 

Nous avons besoin de ces racines faites de souvenirs pour nous ancrer encore plus profondément sur terre, pour pouvoir vivre intensément ce que nous avons à vivre et construire un futur apaisé et libéré du passé et de ses doutes.

Nos familles nous enserrent et nous façonnent  aussi d'une certaine manière. Nous ne naissons pas libres et nus de toute histoire, nous sommes le fruit, l'élaboration d'histoire(s) enchevêtrées.

 

Petite, quand j'ai compris que ma maman avant moi et donc aussi ma grand-mère avaient également été des petites filles, je me suis très vite passionnée pour ces récits de famille, livrés comme des confidences, la voix un peu tremblante et caressante. J'écoutais avec cent fois plus d'application que mes "Martine" ces rares bribes de souvenirs, les mots sortant de la bouche de ma grand-mère se transformant une fois entrés dans mon oreille en vestiges du passé, véritables images en noir et blanc (parce que oui j'imaginais, d'après les photos de famille en noir et blanc ou sépia, qu'à l'époque les couleurs n'existaient pas) illustrant les faits et gestes d'une toute petite Christiane, née au milieu des vaches.

 

Je m'évadais dans ce passé que je construisais autour de mon arbre généalogique, imaginant avec ravissement de sages nattes à ma grand-mère ou encore les fesses meurtries de mon grand-père, fouetté d'une poignée d'orties après une bêtise.

 

Ces histoires m'ont beaucoup apportées, tant au point de la conscience du temps qui passe que des statuts qui changent avec lui. Ainsi je me plaisais souvent à rêver de ma grand-mère, jeune paysanne qui allait bientôt devenir institutrice, à l'aube de ses vingt ans : l'époque des bals d'été, des moissons, des baisers volés derrière les vignes vierges, des premières questions au sujet des garçons.

 

Les souvenirs de LA guerre ont été les plus incroyables à récolter, suite à un devoir de vacances de mon professeur d'histoire-géo en classe de troisième. Il nous avait été demandé d'interroger nos grands-parents sur cette période et les souvenirs qu'ils en avaient gardés. Je crois qu'avant ce devoir je n'avais jamais imaginé que ma grand-mère ou même aucun membre de ma famille n'ai réellement connu la guerre, cette fameuse seconde guerre mondiale, vue au détour de mes leçons d'histoire, entre le sacre de Charlemagne et la révolution française, les leçons au fil des années ne suivant jamais l'ordre chronologique des événements. J'avais donc du mal à situer cette fameuse "seconde guerre mondiale" au milieu de toutes les autres évoquées par mes professeurs et située dans le "grand" passé : celui appartenant à une histoire très éloignée de celle qui entourait mes proches dans mon présent d'enfant.

 

C'est donc le coeur battant que j'avais choisi d'aborder la question, interviewant en premier lieu ma grand-mère maternelle, quasi-certaine qu'elle allait me répondre ne pas l'avoir connue. Vous n'imaginez donc pas ma surprise, liée à la sensation bizarre de ne pas connaître totalement l'histoire de ma grand-mère (je veux dire avant cet événement fédérateur et nombriliste que fût ma naissance ^^), quand elle se mit à me raconter les quelques souvenirs qu'elle avait accumulés de cette période très dure, qu'elle avait connue toute petite.

 

Je me suis tout de suite projetée dans ses récits de souvenirs d'enfant, m'accrochant aux images dont elle se rappelait et qui se dessinaient, à travers l'explication de ses mots, dans mon esprit : la cave dans laquelle mon arrière grand-père avait dissimulé les restes du cochon tué quelques jours plus tôt et où ils étaient venus tous les quatre se réfugier lors des tirs de représailles des officiers allemands, la charrue avec les boeufs qui apportaient quelques provisions aux résistants du maquis Socrate, situé un peu plus haut enfoncé dans les bois, le vélo bleu de mon arrière grand-père, acquisition dont il était très fier et qui lui a été confisquée tout aussi vite, les tirs de balle dans les vieilles pierres de la maison, dont l'impact sous "l'oeil de boeuf" qui avait atteint le vaisselier et brisé tout son contenu.

 

J'ai véritablement découvert un pan de l'histoire d'une partie de ma famille grâce à ce fameux devoir d'histoire-géo. Et de cette époque-là est née une attirance pour les phénomènes passés, les événements lointains qui ne le sont finalement pas tant que ça, ainsi qu'une véritable passion pour les récits de famille et les témoignages de la seconde guerre mondiale.

 

Voici tout ce que m'évoque un film comme "Elle s'appelait Sarah", revu il y a quelques minutes et me bouleversant toujours autant, peut-être parce qu'il nous évoque l'importance de l'histoire de chacun au même titre que celle de tout le monde.

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 11:56

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Plaisir de se retrouver à mi-chemin, dans notre rue. Elle, dans son sweat rose pâle, moi arborant fièrement un "I Love Ortho" dans le dos du mien. Nos journées respectives ont été bien occupées, elle me sourie toute fière de l'avancée de son mémoire. Nous commençons l'ascension. Un de mes papy du voisinage nous aborde un peu lourdement, nous aspergeant de conseils pour faire bien attention. Mais nous nous en moquons. Nos baskets au pied nous sommes prêtes à courir.

 

 

Une petite princesse regarde ma jupe avec envie. "Moi aussi je peux mettre ma robe Hello Kitty Camille ?". Je lui enfile une grosse paire de collants bien chauds pour endiguer l'angine qui se termine au fond de sa gorge. Elle est toute contente de mettre sa robe en jean qui s'attache sur le devant comme une salopette. Elle s'accroche à mon cou pendant que j'ajuste son collant et enfoui son nez dans mes cheveux. "Tes cheveux ils sentent trop bon". Elle me regarde de son air charmeur, un brin canaille et triture une de ses frisettes pendant que je lui attache les derniers boutons pressions du côté de sa robe.

 

 

Nous voilà enfin arrivées au parc. La luminosité baisse, les promeneurs laissent leur place aux drôles de couples maître-chien. Nous nous mettons à courir à une vitesse régulière, bavardant gaiement sur plusieurs sujets, d'accord pour dire en choeur que le week-end, une fois de plus, est passé beaucoup trop vite. Je lui raconte ma matinée de baby-sitting et me souviens de tous ces petits moments où j'allie patience/fermeté et grande complicité. Les papys jouant aux boules dans un coin nous reconnaissent et nous lancent une petite phrase teintée d'humour à chacun de nos passages. Nous avalons les tours.

 

 

C'est le repas de midi. Je fais réchauffer des restes de tartiflette, devant la moue sceptique de ma petite princesse. Sa maman m'a prévenue, "si elle n'en veut pas tu peux lui faire autre chose". Mais j'ai bien envie de tenter le coup sans lui demander son avis, avec une "Camille touch" : mettre du jeu dans le repas. Et oh miracle, ça fonctionne à merveille. La petite hurle de rire et engloutit une à une les cuillerées que je lui propose. Au dessert je lui pique un de ses petits filous à la fraise et ça la fait rire que nous mangions la même chose.

 

 

Les foulées deviennent un peu plus lourdes, mes mollets tirent la tronche mais nous persévérons. Bientôt la nuit tombe vraiment et ça nous arrange bien : nos joues rougies par l'effort ne se distingueront pas. Nous nous étirons sur quelques marches d'un escalier, le souffle un peu coupé et nous quittons le parc, exténuées mais ravies de notre effort. Le trajet du retour passe tout seul, nous pensons déjà chacune à notre bol de soupe qui nous attend : potiron pour elle et miso pour moi. Nous commençons à prendre goût à ce nouveau rituel que nous instaurons : aller courir en papotant pendant une heure tous les dimanche. La motivation de l'une entraîne celle de l'autre et vice versa. Nous nous quittons à mi-chemin de notre rue, avec la hâte de nous glisser sous une bonne douche et dans l'ambiance confinée de nos appartements. C'est un bon week-end qui se termine.

 

 

Vient le moment de faire la sieste et après un moment sur les toilettes, j'emmène la demoiselle se faire un brin de toilette au-dessus du lavabo. Nous enlevons sa robe "Pour pas que ça me fait mal quand je dorme", je tire un peu les volets, tamise la lumière parvenant encore dans la petite chambre rose à l'aide des jolis rideaux parme et viens déposer un baiser sur son front, rabattant la couverture sur son petit corps tout chaud. Et alors qu'elle ferme les yeux pendant ce petit moment de douceur, je l'entends pour la première fois murmurer : "Camille, je t'aime."

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 21:27

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Je déborde d'amour ...

Une petite tête brune reposée sur ma poitrine, un sommeil lourd et apaisé, les liens du porte-bébé bien arrimés derrière mon dos, la sensation du poids et la chaleur de cette présence tout contre moi. Je déborde d'amour.

Surtout quand une petite main me tire de ma contemplation un rien béate, pour m'entraîner à la suite d'une jolie petite fille pressée de "voir les crocodiles". 

 

C'est un samedi comme les autres, où je m'occupe de bout-choux qui ne sont pas les miens en prenant le bonheur que leur contact m'apporte en pleine face. Je sens le balancement des petits pieds de chaque côté de mes hanches, les petits doigts bien arrimés aux boutons dorés de mon manteau, l'odeur de bébé juste sous mon menton, une petite tête aux boucles brunes ballottant délicatement d'un sein à l'autre selon mes mouvements.

 

Je n'avais encore jamais porté un tout petit dans un porte-bébé façon écharpe à nouer. J'ai un peu pris peur quand la maman m'a annoncé qu'elle n'avait malheureusement pas de poussette mais que c'était pas si compliqué que ça en avait l'air à nouer. J'ai donc pris le coup, nouant sagement les deux premiers liens derrière mes reins en positionnant le porte-bébé comme un tablier, puis en glissant le-dit bébé dans cette poche improvisée, en glissant les lanières du haut sous ses bras et sur mes épaules, les croisant dans mon dos et revenant les boucler sous ses fesses pour revenir derrière mes reins.

 

Une gymnastique pas évidente, surtout avec le bout-chou qui te regarde de très près et la deuxième à surveiller entre temps. Mais une fois la manipulation terminée, quel pied ! Un sac à dos en ventral bien pratique et qui soulage mon dos, me permettant d'avoir un oeil sur le tout petit et les mains libres pour la deuxième. 

 

Bien équipée donc, j'ai pu emmener mes deux loulous au parc Phoenix où nous avons passé un superbe après-midi. M'accroupir, suivre les conseils concernant le sens de la visite d'une petite miss de 4 ans, patauger dans un mini ruisseau avec un petit bout qui manque mourir de rire et de bonheur, sentir les rayons du soleil réchauffer mon dos, rejouer à la "petite bête qui monte, qui monte" et entendre les rires étranglés qui vont de pair, remettre une mèche rebelle derrière l'oreille d'une petite fille bien occupée à répartir de façon égale le goûter, m'extasier devant la taille des piranhas avec eux, manger de bisous un petit cou de bébé, m'asseoir dans l'herbe fraîche et courir après un tout petit dragueur marchant depuis peu sur 2 pattes.

 

J'adore ces moments imprévisibles que nous accorde la vie, le bonheur de sentir la chaleur d'un tout petit endormi contre soi, la joue un peu rosie par le sommeil, le front abandonné à mes petits baisers ne résistant pas à cette vague d'amour qui m'inonde, le poids qui se fait un peu plus sentir, mes mains en soutien sous le séant du petit assoupi.

 

Ainsi que le regard empli de douceur des gens que nous croisons tous les trois, trio maladroit : un petit prince au bois dormant, une nounou comme fidèle destrier et une petite princesse un peu apeurée par la foule, enserrant fermement l'une de mes cuisses avec son petit bras, pour être sûre de ne pas nous perdre lors de la visite.

 

C'est dans ces moments-là que je le ressens de la façon la plus exacerbée qui soit : j'existe bien pour ça, je ne suis qu'un coeur qui déborde d'amour.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:03

Capture-d-ecran-2013-02-07-a-09.55.54.pngLe bus me dépose à l'arrêt qui me semble le plus proche de l'endroit indiqué sur mon plan. Je traverse la rue, cherche un peu les numéros et tombe direct devant : Cabinet d'orthophonie. La belle plaque indique le deuxième étage, je sonne à l'interphone ce qui ouvre la porte. Deux étages plus haut une inconnue m'ouvre et sourit quand je lui apprends qui je suis. Elle m'indique la salle d'attente car "Elisabeth n'est pas encore arrivée".

 

Quelques minutes plus tard une femme à la cinquantaine sympathique vient me chercher et se présente, avec un grand sourire. "Bonjour, Je suis Elisabeth, entrez et posez vos affaires dans un coin". Je la précède dans le grand bureau : de grandes étagères, une multitude de jeux, livres et matériel rééducatif, des pochettes cartonnées de toutes les couleurs, quelques posters, un grand tableau blanc sur l'un des murs. Elle me désigne une des deux chaises face à elle, la plus proche de la fenêtre. Je devine une terrasse avec vue sur le Paillon. Nous échangeons nos formulaires de convention de stage et toujours avec le sourire, elle me parle quelques secondes de l'enfant qui va bientôt nous rejoindre. 

 

Les séances s'enchaînent. J'aime beaucoup ce rôle d'observateur que m'oblige ma position de stagiaire de 3° année. Bien que je ne participe pas je suis au coeur de la bulle ortho-patient : l'enfant est à quelques centimètres de moi, je peux le voir de profil quand il se concentre, son nez plisse ou ses mains triturent quelques mèches de cheveux. Tandis qu'Elisabeth, face à moi, derrière cette planche de bois qui symbolise les rôles de chacun, reste toute concentrée sur son petit patient, la voix douce et enjouée, bien que ferme parfois. Elle semble presque oublier ma présence, me décrochant un petit clin d'oeil ou gentil commentaire de temps en temps.

 

Moi, donc, j'observe beaucoup et je prends des notes. Ce qui intrigue les enfants. "Qu'est-ce que tu écris ?". "Eh bien tu vois j'apprends tellement de choses en vous observant que j'écris toutes les bonnes idées et la manière de faire d'Elisabeth pour pouvoir moi aussi un jour savoir quoi faire en face d'un patient." Je gribouille quelques noms de jeux, le déroulement de la séance et la pathologie concernée et dessine le matériel utilisé. Parfois un des enfants fait remarquer ma présence à Elisabeth. "Peut-être qu'on pourrait jouer avec Camille ou qu'elle pourrait m'aider ?". C'est donc avec grand plaisir que je redécouvre le scrabble et la richesse des mots d'un petit garçon de 7 ans ou encore le jeu de sept familles sur les mots en "é","j", "g", "ch" et j'en passe ou écoute un récit de la mythologie grecque lue avec plaisir par un adolescent. 

 

Il y a aussi les séances moins orthodoxes. Celles où l'orthophoniste essaie d'être le lien entre un adolescent retors et sa maman désespérée par son comportement. Et là encore je ne peux qu'admirer la douceur des mots bien choisis d'Elisabeth, la signification des progrès, le potentiel de cet adolescent : "Je suis sûre que tu peux aller très loin, tu as beaucoup de capacités, tu es quelqu'un de très intelligent mais si tu continues à mettre le collège sans dessus dessous le couperet va finir par tomber et ils vont te diriger en SEGPA. Est-ce que tu fais bien tes devoirs le soir quand tu rentres ?". "Oui, normal quoi. Mais je comprends pas l'utilité de toutes ses matières : français, maths, anglais, histoire-géo ... Genre tu vois le français, là on l'utilise quand on parle, donc pas besoin d'avoir des cours là-dessus. Les maths ça sert à rien et l'anglais je peux le voir dans les films et je comprends c'est bon quoi. Ils veulent tous qu'on soit bien sages mais c'est chiant d'être sage, moi je préfère m'amuser et faire rire les copains."

 

Et puis il y a les tout-petits patients, qui sucent encore leur pouce et entrent dans le bureau en tenant la main de l'orthophoniste. A qui je fais un peu peur, avec tout ce que je représente comme inconnu. Alors le temps d'une séance je rejoins la salle d'attente, relisant mes notes et observant aussi les familles qui se retrouvent ici, les copains de classe, les frères et soeurs, les parents overbookés accrochés à leur téléphone.

 

L'après-midi file à toute vitesse et il est bientôt déjà 19h30, Elisabeth me gratifie d'un sourire et me demande si l'après-midi m'a plu, si ce n'a pas été trop long. Je crois qu'elle se doute de mes réponses car mes yeux pétillent du bonheur des grandes découvertes. Je la remercie chaleureusement de prendre le temps de m'expliquer à chaque fois le parcours de l'enfant, sa pathologie dans les grandes lignes mais surtout de prendre le temps de répondre à mes questions, nombreuses et souvent maladroites.

 

Elle sourit, encore, et je me dis que ce sourire fait toute sa force, surtout après une journée d'orthophoniste telle qu'un mercredi.

 

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