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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 17:34

Image-1-copie-10.pngLa pluie tambourine contre les deux grandes fenêtres. La lampe de bureau est allumée et Maguy dort paisiblement sur le plaid qui recouvre le fauteuil en simili cuir. A travers le rideau de larmes du ciel, j'arrive à percevoir la course folle des nuages parisiens. Une paire de chaussettes blanches aux pieds, lovée dans un coin du grand canapé une tasse de thé à la main, je médite. 

 

J'ai vu des photos de moi en brune, puis châtain clair puis blonde. Avec des coupes de cheveux différentes, des boucles en pagaille aux brushing bien sages. Mais ce qui m'a le plus fascinée a été mon regard, appuyé par un maquillage ou une pose différente. Et je ne peux m'empêcher de repenser à elle.

 

Elle qui sourit de sa façon bien à elle dans la salle d'attente du kinésithérapeute. Avec sa lèvre inférieure légèrement en retrait, dévoilant deux ou trois dents. Ses bras croisés autour de la rotule de son genou droit, un petit pull blanc jeté sur les épaules. Son geste pour replacer une mèche rebelle avec sa main si fine et son vernis couleur terre.

Elle qui rougit quand je lui avoue qu'on me dit souvent qu'elle ressemble à une actrice pleine de charme. Ses joues qui remontent vers ses yeux quand elle m'avoue qu'une fois la boulangère lui a même demandé sur le ton de la confidence si elle n'était pas Juliette Binoche, tout simplement. J'aime voir la fierté d'une femme avant tout quand son rire réveille soudain le silence de la salle d'attente. Et sa phrase, loin d'être anodine, quand on remonte en voiture : " on ne me croit jamais quand je dis avoir cinq enfants ... ".

 

Le soleil fait une petite apparition dans le ciel délavé. Les gouttes de pluie ont laissé des traînées opaques sur la vitre, comme les rivières de mascara qui décorent mes joues quand des larmes impromptues décident de s'échapper. J'aime ces décorations diluées de noir sur ma peau et ce spectacle me fascine autant que mes peines d'un instant.

 

Ses mots soigneusement choisis face à mon dos arc-bouté. Ses variations de mélodie dans la voix en réponse à ma respiration saccadée. Son étreinte qui m'entraîne vers la suite parentale, la tête sur son épaule dans le grand lit en 160. Je sens son odeur maternelle, cette odeur qui nous relie de tant de manières qu'elle nous paraît essentielle. Ce mélange d'effluves de crème pour le corps et de linge propre qui instinctivement m'apaise tandis que ses doigts parcourent l'étendue de mon dos. Et mon coeur paraît enfin calmé, je n'entends plus cette petite voix au fond de moi : " JE VEUX QU'ON S'OCCUPE DE MOIIII ".

Mes yeux lourds des aveux précédents se laissent eux aussi aller à la détente du corps et de l'esprit. Et tout en papillonnant régulièrement ils finissent par se refermer. C'est alors l'heure des confessions, des anecdotes anodines qui débouchent au lever de rideau de petits secrets de famille - ceux dont on se doutait un peu sans vraiment les connaître - à l'énoncé de progrès personnels face au temps qui passe. Un mur de photos surplombe nos échanges, des souvenirs des années maintenant révolues perturbés par la présence de fonds de cadres commerciaux originaux. En effet des zèbres à fond bleu s'immiscent entre les bouilles familières, comme autant de bêtes noires à ailes blanches témoignant de la difficulté de redonner vie photogéniquement parlant à des fantômes hélas disparus. Blotties l'une contre l'autre nous frissonnons au souvenir de la douleur insatiable que cause la perte d'un être cher. 

Plus tard, quand la lumière des lampes de chevet aura laissé la pénombre tout entière recouvrir la chambre et que sa respiration sereine et régulière emplira le silence, je me surprendrai à me demander comment on fait quand on perd sa maman.

 

Encore plus tard, dans un appartement parisien bien éloigné de par les kilomètres et les intempéries, ma tasse de thé nettement refroidie toujours à la main, je reformulerai mes pensées :

 

C'est quand qu'on arrive vraiment à se séparer de sa maman ?

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Published by pillapon - dans Récits
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commentaires

Yannick 27/04/2012 19:16

Par la taille ... c'est trop tard
Par la sagesse ... encore un peu de patience

pillapon 26/04/2012 15:28

Merci les filles :)

Marianne 26/04/2012 10:34

C'est beau, tout simplement !

Laëtitia 25/04/2012 21:39

Tout simplement, j'aime =)

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