Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 10:00

Image-1-copie-16.png

 

En sortant de la salle de sport hier soir vers 21 heures j'étais encore toute centrée sur moi-même, profitant des derniers instants post-relaxation. J'arrivais à l'arrêt de bus et mon portable me confirma que le prochain bus ne passerait pas avant 15 min. La mamie aux cheveux rose et habillée comme une ado attardée était fidèle au poste, assise sur le banc, me reluquant de haut en bas, comme d'habitude. De nouveaux passants arrivèrent et consultèrent les horaires de passage. Parmi eux un vieux monsieur très élégant pesta qu'il n'y comprenait jamais rien à ces horaires de bus. Le jeune homme à côté de lui tenta de lui montrer la gymnastique mathématique a opérer. Je leur proposai mon aide, détentrice de la précieuse info grâce à l'application lignes d'azur sur Iphone. Le vieil homme éclata de rire : " C'est encore elle la plus maligne finalement ! 

 

S'en suivie une rencontre avec une personnalité riche d'enseignements, d'histoire et de souvenirs. Adossée au panneau publicitaire de l'abri bus, je l'écoutais me raconter Nice aux prémisses de son développement alors que la France sortait de la guerre. J'aimais surprendre l'éclat de son regard quand il évoquait le passage de son certificat d'études en 1942 alors qu'il avait 14 ans tout juste, porte ouverte vers la vie professionnelle. " Vous savez la vie n'était pas facile, surtout après que les allemands aient chassé les italiens de Nice, je suis allé de nombreuses fois à l'école l'estomac dans les talons. Et avec une pince au pantalon pour cacher le trou qui avait étiré le tissu, car ma mère n'avait pas les moyens de racheter un nouveau pantalon. N'empêche que je pense que c'étaient les meilleures années. Nous n'avions presque rien mais on était heureux comme ça. "

 

" Et les années après-guerre ont été les meilleures : j'avais 20 ans et on savait faire la fête ! J'étais alors chargé de transmettre les télégrammes des prisonniers libérés annonçant leur retour au sein de leur foyer ... Vous pensez, ils devaient rester confidentiels mais on avait pris le truc, on gonflait légèrement le papier entre le pouce et l'index pour pouvoir distinguer le contenu du message et porter le plus rapidement que nos jambes nous le permettaient la bonne nouvelle à la famille. "

 

Le ciel bleu se paraît de milles nuances rose orangées, le fond de l'air était doux et j'aimais passer le temps en écoutant ce que cet homme avait à me révéler. Il faut savoir recevoir à ce qu'il paraît.

 

" Vous savez je pense qu'aujourd'hui on est devenu trop égoïstes. On a des voitures nouvelle génération, des appareils électroniques ultra sophistiqués, des appareils ménagers remplaçant le moindre geste et tout le savoir-faire qui s'y raccrochait ... Ma mère allait au lavoir du Paillon, et nos affaires étaient toujours propres. Nous ne nous lavions qu'au gant et avec un peu d'eau mais nous sentions toujours bon. On se retrouvait souvent au bar du coin et quand on arrivait à convaincre une fille de nous accorder une sortie, c'était sur notre vélo qu'on l'emmenait. Mais quelles sensations ! On l'installait là, juste devant, entre nous et le guidon, et la proximité que nous offrait cette position nous permettait d'avoir le nez dans leur belle chevelure et de respirer leur parfum tout le long du chemin."

 

Le bus arrivait alors et c'était presque comme si on ne l'attendait plus vraiment, qu'on était là à discuter tranquillement à la tombée de la nuit. Je montais la première et mon nouvel ami m'invitait à m'asseoir à ses côtés " comme si vous étiez avec moi, que nous nous connaissions depuis un certain temps ", la voix claire, toujours en riant.

 

" C'était pas évident de récolter un baiser à l'époque. Il faut dire que les jeunes filles de ce temps étaient très méfiantes et puis la pilule n'existant pas, la moindre incartade amoureuse pouvait leur coûter une grossesse non désirée, déshonneur familial des plus grand. Mais vous pensez qu'on était malins, on leur susurrait dans l'oreille qu'il ne fallait pas qu'elles s'inquiètent, qu'on les épouserait. Enfin je dis nous, mais moi je n'ai jamais fait ça ! "

 

Et mon rire rejoignait le sien, le traitant de joyeux hypocrite, avec une pointe d'affection dans la voix. J'aimais le bonheur imprévu de cette rencontre extra-générationnelle et ses confidences d'un genre inhabituel. 

 

Mais son arrêt était déjà le suivant et je me levais alors poliment pour le laisser passer : " Alors voilà comment nos destins après s'être croisés se séparent à présent, au plaisir de vous revoir un de ces jours mademoiselle. " Et le vieil homme était déjà dehors, tirant sur sa veste en tweed et me laissant un sourire aux lèvres et des anecdotes d'un autre temps et d'une autre vie en pagaille dans la tête.

Partager cet article

Repost 0
Published by pillapon - dans Récits
commenter cet article

commentaires

Laëtitia 25/05/2012 08:10

Waou effectivement, des moments comme ça, c'est génial :)

(Et j'adore la référence à notre cher Mme P. :) )

Marianne 24/05/2012 23:23

C'est beau, très beau. J'aime ces moments que nous offre la vie !

pillapon 23/05/2012 10:52

Et merci à toi de commenter :) Bonne journée !

Sun 23/05/2012 10:44

Merveilleuse rencontre :) merci de la faire partager !

Présentation

  • : Le blog de pillapon
  • Le blog de pillapon
  • : Articles sur la vie, réactions, poèmes, expériences personnelles
  • Contact

Texte Libre

Recherche