Articles sur la vie, réactions, poèmes, expériences personnelles
Mon nez coule et je me traîne, avide de trouver quelque chose à me mettre sous la dent pour échapper à la torpeur des révisions. La vaisselle dans l'évier ? Déjà faite. Le rangement printannier dans mon dressing ? Bien avancé quoique freiné par la chute dernière des températures. J'éternue une nouvelle fois et me précipite vers la boîte à mouchoirs.
Je suis en train de faire un tri dans mes petits hauts estivaux quand le téléphone sonne. Le combiné affiche fièrement le nom de mon interlocuteur : "Mamita". Avec le sourire et en repensant au texto que je lui ai envoyé ce week-end je décroche et m'enquière des dernières nouvelles. Ce coup de fil hebdomadaire nous fait beaucoup de bien, nous permettant de partager nos quotidiens et de réfléchir ensemble sur certains sujets déco, financier ou encore professionnel.
Je reconnais sa voix posée, ses petits tics de langage, sa manière bien à elle de faire claquer sa langue pour ajouter de la prestance à un argument pertinent.
Je me réconforte en entendant les modulations de sa voix ponctuant le récit de la semaine passée, le détail de la météo toujours aussi capricieuse, la note amère de la dernière livraison de fioul : "j'ai consommé 500L de plus que l'an passé, tu te rends compte ?".
Je ferme les yeux quand elle évoque sa maison, les coussins de la banquette qu'elle a enfin redescendu dans la salle à manger, rassurée par la très nette diminution des carnages déco improvisés par son jeune chien. J'aime frissonner lorsqu'elle évoque le changement du brûleur de la grosse chaudière de la cuisine, ressentant juste par cette simple évocation la chaleur qui s'en délivre quotidiennement.
La conversation dévie inévitablement vers le fait que dans la vie, et encore plus en étant jeune adulte ou fraîchement personne âgée, il ne faut pas se laisser bouffer par les autres, notamment les prestataires de services comme les banques, restaurants ou autres plombiers. Nous enchérissons avec passion de nos propres expériences et de quelques témoignages vus à la télévision, sur l'arnaque organisée de certaines boîtes envers les personnes âgées.
Et ce que j'aime par dessus tout c'est quand elle évoque une aventure passée, quand elle me dessine de ses mots bien choisis le contexte, l'ambiance et les gens qui l'entouraient, mêlant la rhétorique à quelques jolies phrases bien tournées, me faisant vivre les dialogues comme si j'y étais, là, dans cette petite gargote où elle avait décidé d'inviter ses amies à déguster du boudin antillais.
J'aime le fait que nos conversations lui permettent de s'évader de son quotidien comme moi du mien et de se replonger dans des souvenirs brillants où sa pugnacité n'était pas à démontrer. J'aime l'entendre conclure par un de ses "Tu vois, on ne la faisait pas à ta grand-mère" ou encore "et je peux te dire qu'il n'osait même plus ouvrir son bec".
De didascalies en changement de personnages, le décor est tout tracé malgré la distance des interlocuteurs. Avoir ma grand-mère au téléphone, c'est comme assister à une pièce de théâtre orchestrée par une artiste de talent, un one-woman show familier qui réchauffe mes problèmes de velléité pré-partiels.
Et rien que pour ça je l'aime ! :)