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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 01:01

Capture d’écran 2012-10-18 à 10.52.09

 

J'ai erré toute la journée, la tête prise dans un étau subissant des écarts de température. Je suis restée bien au chaud, pas loin du petit radiateur électrique blanc, en pyjama, enroulée dans mon grand plaid turquoise. J'ai ouvert la porte au livreur d'UPS le visage tout chiffonné et ai mis du temps à dévisager ce gros carton posé sur mon lit. J'avais peur de ne pas mériter ma joie, ou tout du moins de ne pas en profiter autant qu'elle le méritait. Mais l'émotion a vite cédé au doute quand j'ai découvert la belle boîte blanche et le poids plume de son contenu. Je me suis souvenue de cet après-midi magique où j'avais ouvert un carton similaire en ne cessant de répéter à voix haute " c'est pas possible ", me tordant les mains et sautillant sur place. J'ai retrouvé mes marques en reprenant ce rituel de la découverte et ne cessait de m'extasier devant ce nouvel objet de convoitise.

 

Vers 15h je me suis mis en tête d'aller me ravitailler en Actifed à la pharmacie du coin et en profiter pour aller poster un article commandé sur videdressing. J'enfilais alors un jean, mon pull en mohair rose tout doux, une écharpe et mon manteau-pull, prête à braver l'humidité extérieure. Mais alors que j'allais refermer la porte de mon appartement, mon téléphone portable se mit à sonner et je décrochais aussitôt. 

 

Elle m'attendait près de la Poste, bien au chaud dans sa voiture avec les deux petits dans leurs sièges auto sur la banquette arrière. Elle me fit un signe de la main et je les rejoins dans le petit habitacle. Ce qui me frappa en premier fut la maigreur de ses bras et la pâleur de son visage. Sa nature timide m'empêchait de savoir ce qui se tramait exactement sous ce sourire de composition, qu'elle semblait arborer du bout des lèvres. Les enfants m'accueillirent avec joie tout en me demandant des nouvelles de Maguy. Elle sortit son chéquier pendant que je leur parlais et s'excusa du retard qu'elle avait pris pour me payer ma dernière journée de baby-sitting, il y a de ça maintenant plus d'un mois. Je la rassurais en lui disant que ce n'était absolument pas pressé. Ses mains paraissaient agitées et elle arracha maladroitement le premier chèque du carnet tandis qu'elle me questionnait gentiment sur la reprise des cours. Je lui demandais si tout allait bien. Elle se pinça alors les lèvres, regarda fixement le volant et entreprit de remplir son chèque. Mais elle dut se reprendre à plusieurs fois pour tenter de maîtriser le mouvement de ses doigts. Ils tremblaient tellement, je n'avais jamais vu ça. Ses longues et fines phalanges étaient secouées de spasmes. Elle détendit et relâcha leur emprise entour du stylo à plusieurs reprises, s'excusant de cet état de tension quand elle perçut mon regard. Inquiète et tout d'un coup très protectrice je réitérais ma question, de ma voix la plus douce possible. Sa lèvre inférieure craqua pour de bon et elle inspira un grand coup avant de m'annoncer qu'elle venait de perdre son papa.

 

Après la pression de la fac de médecine pour qu'elle valide son internat, la dépression qui avait suivi cette noyade académique avec deux enfants en bas âge et enfin sa séparation d'avec leur père, perdre le sien d'une violente et imprévisible crise cardiaque "ça fait un peu beaucoup en peu de temps". J'entendis très clairement mon coeur se briser pour elle et lui murmura que j'étais sincérement désolée pour elle. Et je redécouvris ce mal-être proche du blocage me tordre les tripes, la sensation de n'avoir aucun mot, aucune phrase assez forte pour la consoler. Je restais simplement là dans la voiture, avec elle, avec eux, la soutenant de mon regard fiévreux, mon coeur saignant pour elle de tant de malheurs enchaînés. Ses mains tremblaient toujours et j'avais envie de les prendre dans les miennes, brûlantes de par la fièvre, jetant ce chèque symbolique qui faisait de moi son employée pour n'être qu'une confidente. Sa confidente. Mais ma retenue et mon blocage m'en empêchèrent et je tenta maladroitement de lui aligner quelques mots de soutien et de courage pour cette nouvelle épreuve.

 

Plus tard, dans mon lit, la vision du tremblement de ses mains me serre toujours autant le coeur et je voudrais lui dire, si j'osais lui envoyer un message à cette heure plus que tardive, que je pense très fort à elle et qu'elle pourra toujours compter sur moi quand le besoin se présentera. J'espère que mes bonnes ondes suffiront à panser sa douleur, d'une fine couche de sentiments sincères mais surtout d'un solide strap d'amitié. 

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Published by pillapon - dans Récits
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