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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 10:05

HierImage-2-copie-13.png c'est après une nuit douloureusement écourtée que mon réveil m'a tiré (difficilement ) du lit à 8h un dimanche matin. J'étais encore fourbue de mon trajet Aix-Marseille-Nice via TER de la veille qui m'avait entraînée dans la quête (quasi ) impossible d'un bus passé 21h sur Nice. Bref, j'étais arrivée tard dans mes pénates et Maguy n'avait rien trouvé de mieux que de m'engueuler pendant au moins une heure à coups de miaulements déchirants.

 

Cette nuit-là, en plus, il a beaucoup plu. Et l'orage a réussi à me sortir de mes songes vers 4h du matin, faisant trembler les murs de mon petit appart' et poussant une petite boule de poils à squatter mon oreiller alors que sa place nocturne se situe habituellement à mes pieds. Re bref, je me suis levée avec une tête de Pokemon mononucléosé et je pensais que la journée s'annonçait décidément mal, comprendre que je ne savais vraiment pas comment j'allais pouvoir être crédible dans mon statut de prof ce matin avec cette tête-là. 

 

Mais je me suis tout de même retrouvée à suer dans cette montée vers la corniche moyenne, délaissant comme lors d'une traversée du désert successivement veste, foulard et pull. Je suis donc arrivée rouge tomate mais ça n'a apparemment pas choqué mes interlocuteurs qui m'ont tout de même vite proposé un verre d'eau. 

 

J'ai sorti mes affaires de la sacoche noire en simili cuir Mango que j'avais trouvé à trois fois rien neuve sur Ebay il y a ( déjà ) 2 ans ( ! ) pour déposer sur le petit comptoir à l'américaine de la cuisine livres et trousse et commencer à cheker les devoirs que j'avais donné la semaine précédente. 

 

Ma petite élève me regardait en souriant, fière de me présenter ses calculs bien effectués. Elle me présenta le nouveau DM de la semaine et nous nous y attelâmes sans tarder. Je lui expliquais les termes joyeux de factorisation, développement et réduction avec des flèches de couleurs, mettant tout de suite après en lumière des exercices pour bien lui faire comprendre les relations qui existaient entre ces différents termes. Je me mordais les doigts quand elle hésitait entre l'action du signe X et celui du + quand les petites lettres x ou y se joignaient au calcul. Ou encore quand elle voulait aller trop vite et transformait un signe en un autre ou oubliait un x dans sa lancée. Ou quand elle voulait assembler des x2 avec d'autres x, coûte que coûte, "pour que ça fasse moins de x". Ou quand elle paniquait dans les affaires de signes, se mélangeant les pinceaux avec des histoires d'ascenseur qui monte ou qui descend les étages. 

 

Je commençais à sentir poindre le découragement en moi mais décidait de souffler un bon coup et de re-expliquer avec d'autres mots, d'autres images. Je repris mes explications (douteuses) de guerres de gangs entre les + et les -, la faisant rire au passage et entrepris même de faire tomber ses hésitations au fur et à mesure en lui demandant de me "raconter" ses calculs au fur et à mesure qu'elle les résolvait.

 

Et je fus encore une fois émerveillée par la magie des mots. Mes encouragements du début énoncés avec une voix douce mais ferme donnèrent vite place à de chaudes félicitations et applaudissements quand elle gommait au fur et à mesure des exercices toutes ses appréhensions et que je sentais poindre alors en elle le plaisir de réussir. Ses yeux un peu fatigués du dimanche matin s'éveillaient progressivement sous les modulations de ma voix jusqu'à être suivis par son sourire, révélant deux petites fossettes sur ses joues roses encore marquées par l'enfance. 

 

Alors je pris conscience qu'il se jouait pendant ces cours bien plus de choses qu'une simple aide aux devoirs ou remise à niveau. Je sentais mon affection entourer sa silhouette courbée sur le papier et mes larmes pas loin quand je m'émerveillais de ses progrès du jour, la regardant droit dans les yeux, toujours avec cette même sincérité que quand je lui avais énoncé qu'elle avait un niveau à rattraper.

 

Alors j'ai su. J'ai su que cette affection que je lui donnais à travers mes explications et encouragements elle la percevait et la recherchait même en se concentrant plus et en réussissant, chaque fois, à faire tomber une à une ses difficultés. J'ai su que cette gamine avait la plus belle intelligence qui soit. Celle du coeur. Et qu'entourée de confiance et, il faut bien le reconnaître aussi, d'amour, elle allait franchir des montagnes.

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Published by pillapon - dans Récits
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commentaires

pillapon 01/10/2012 20:32

Merci les filles ! :)

Corail Menthe 01/10/2012 15:00

Bravo bravo ;-)
Un joli article et une jolie leçon!

Sun 01/10/2012 11:27

:') ...

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