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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 09:45

P1050111.jpg Lundi matin je me suis réveillée en sursaut dans l'ambiance turquoise du pool-house. Il n'était pas tôt et le soleil se sentait déjà à travers les lourds rideaux. Je sautais du lit pour les ouvrir en grand et me régaler enfin du spectacle de la piscine bleue, contrastant avec le bois foncé de la terrasse et tout le vert de la végétation alentour.

 

J'inspirais une bonne dose d'air pur avant de rejoindre la maison familiale. Les chiennes m'accueillirent avec bruit et s'engouffrèrent ensuite vers l'extérieur me laissant découvrir le silence peu habituel qui régnait à l'intérieur. Des miettes d'un petit-déjeuner précoce étaient encore visibles sur la table ikea : grands bols à chicorée, pot de confiture, croissant dans une assiette, etc ...

 

Encore comateuse je pris place autour de la table et me servis un verre de jus d'orange. Et alors que mon regard était attiré par les ondulations à la surface de l'eau de la piscine, mes pensées s'évanouirent ...

 

Et je me retrouvais la tête à l'envers dans un grand lavabo, mes cheveux à la renverse se perdant en lianes indomptables recouvrant l'émail blanc. Des mains expertes me passaient nombre de shampoings et autres démêlants alors que j'essayais péniblement de fermer les yeux à chaque nouvelle attaque d'eau de rinçage, maudissant intérieurement ma grande flegme qui m'avait incitée à ne pas me démaquiller la veille au soir. Et le trou d'évacuation de l'eau se foutait bien de moi, aspirant parfois une mèche de cheveux tandis que je clignais maladroitement des yeux. A cet instant-là une unique pensée m'appartenait "Mais qu'est-ce que je fous làààà ?". Mais déjà les mains expertes avaient fini d'étaler le dernier soin "Tu vois c'est mieux si tu te démêles les cheveux au peigne sans rincer le soin, comme ça tu le fais pénétrer dans toute la chevelure et c'est nettement plus profitable. Mais ça les coiffeurs ils ne le disent pas hein, que les cheveux c'est comme un arbre recouvert d'écailles qu'il faut toutes hydrater !" et allèrent me chercher une serviette tandis que je tentais d'appréhender l'étendue des dégâts niveau yeux de panda, qu'elles découvrirent dès leur retour, une fois la serviette nouée en turban tout autour de ma tête "Mais tu ne t'étais pas démaquillée ??? Quelle idée !"

 

2 cotons démaquillants plus tard j'étais installée sur une chaise en bois donnant sur une porte vitrée offrant la vue d'un potager à moitié ensoleillé, entouré d'une haie de cyprès. J'eus alors droit à une véritable séance coiffure digne des plus grands salons. Sauf que mon interlocutrice m'offrit un récit plus atypique en me confessant les aléas d'une vie. Et je fus touchée de ces aveux qui débutèrent par le commencement d'un apprentissage après le certificat d'études qui n'avait, exprès, pas été réussi avec exploit, afin de permettre à sa détentrice de contourner le souhait d'études supérieures imposées par une mère institutrice. "Car j'ai toujours voulu devenir coiffeuse. Je crois que ça a commencé vers les 6 ans, et ça ne m'a plus jamais lâché."

 

Et j'imaginais dans ma tête les images allant de pair avec le récit qui m'était conté : une petite provinciale mal dégrossie arrivant à 14 ans tout juste dans l'un des deux plus grands salons de coiffure parisiens, avec un passage par la case esthéticienne pour se séparer de ses guiboles poilues, et la grande passion d'un patron qui l'encouragea à présenter le certificat précocement puis à se présenter aux plus grands concours de la capitale afin de montrer ses talents.

 

7 années après, elle se décidait à quitter un mari trop violent avec l'appui de sa mère, alors que ses mains expertes séchaient mes cheveux en les enroulant autour de la brosse.

 

20 ans plus tard, alors que mes cheveux paraissaient plus légers à chaque boucle de plus formée dans la nuque, elle se démasquait cocue, rentrant d'un voyage moins long que prévu. 

 

D'un coup de laque sur son oeuvre elle fit main mise sur une douloureuse période de dépression, arrivant à la conclusion qu'elle n'avait jamais eu de chance avec les hommes et qu'il était temps de tirer un trait sur le genre masculin.

 

C'était alors les yeux tout émus de cette séance coiffure que je me retournais vers elle afin qu'elle admire le résultat. Et elle confirma mon intuition "C'est la coiffure qui m'a aidée à tenir le coup à chaque fois, je ne connais pas de meilleure thérapie.

 

Plus tard dans la journée, alors que tout le monde goûtait aux petits fours et aux conversations de salon, je la découvris assise seule sur un banc entourée de deux bouquets de ballons multicolores. Et j'eus envie de lui montrer sa grâce malgré le poids des années passées en dégainant mon appareil photo afin d'immortaliser cette rencontre. 

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Published by pillapon - dans Récits
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commentaires

pillapon 18/05/2012 16:35

Merci la puce :)
Je me demandais en effet s'il était bien puisque personne n'avait osé commenter ... tu m'as redonné le sourire entre deux révisions de neuro :) des bisous

Sun 18/05/2012 12:00

J'adore ;) Très bel article !

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