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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 18:48

Image 8-copie-4Essoufflée, je sonne timidement à la porte. Une voix me dit de pousser la grosse porte rouillée et m'accueille un grand sourire aux lèvres. Cette nouvelle maman a les cheveux attachés en un chignon lâche, un tee-shirt tout terrain à manches longues de couleur pâle et surtout de gros chaussons gris. Pas maquillée, son visage révèle une beauté maternelle se moquant bien des artifices usuels. Elle m'invite à entrer, tenant dans ses bras une toute petite tête blonde âgée de quelques mois.

 

Je quitte ma veste et mon pull, les déposant avec mon sac sur le canapé indien du salon. La maman me présente alors la petite princesse, toute de mauve vêtue. Elle me la confie et c'est un peu maladroitement que j'essaie de bien la caler au creux des bras.

 

Mais cette transition impromptue inquiète cette toute petite vie. Et alors que deux sourcils froncés me dévisagent gravement, une petite larme s'échappe d'une commissure de l'un des petits yeux bleus. La lèvre inférieure tremble et c'est le drame. Hoquets, colère intense, salve de larmes. J'essaie de la calmer et me sens un peu coupable de cette violente réaction. Les bras de la maman n'arrivent pas non plus à calmer ce chagrin grandissant et la tétine est violemment rejetée. Je ne suis là que depuis un quart d'heure et la maison résonne sous les hurlements. La maman me rassure alors : " Elle doit être fatiguée, j'ai du te la passer juste au moment où elle allait s'endormir et ça a du la perturber ... ". Mais rien n'y fait, les hoquets se succèdent et les cris deviennent toujours plus perçants. Ses deux grands frères accourent, alarmés, et me dévisagent bizarrement.

 

La maman me la redonne alors et décide de me laisser gérer. Un peu paniquée, je tente alors une nouvelle position. Lovée contre mon ventre et mon bras droit, les hoquets s'arrêtent mais les pleurs perdurent. Je murmure alors une mélodie de berceuse et ma voix peine à me parvenir entre les cris. Mais je persévère. Et les petits yeux se fixent alors sur mes lèvres. Sentant qu'une petite trêve est amorcée, je brandis la tétine qui, une nouvelle fois proposée se voit finalement acceptée. J'accompagne la mélodie de ma voix d'un balancement tout doux de tout mon corps. Et petit à petit, le charme opère.

 

Les larmes s'épuisent et la respiration saccadée se tempère, ne laissant échapper qu'un ou deux soupirs-souvenirs de la tempête. La bouche tète et les yeux ne me lâchent plus. La petite main libre trouve alors ma poitrine et se cramponne à une mèche de cheveux attenante. Je ponctue ma berceuse de quelques phrases apaisantes à travers lesquelles je lui explique que ce n'est pas grave, que tout va mieux maintenant, qu'elle ne me connaissait pas mais que je suis là pour elle et pour soulager maman. Une petite fossette se creuse par dessous la tétine et je ressens son sourire comme réponse à ma voix. Elle s'apaise mais ne cesse de me regarder, la joue calée contre mon sein. Je la sens se blottir encore un peu plus et je surprends ses paupières qui, doucement, s'abaissent. Les petits pieds protégés par de délicats chaussons blancs caressent mes côtes, en suivant le balancement de la berceuse.

 

Je reste dans la petite chambre rose longtemps, ce petit trésor assoupi tout contre moi, fière d'avoir réussi à amorcer cette première tempête. Je teste son sommeil en marchant un peu, me rapprochant tout doucement de son lit. Une couverture en patchwork dans des tons acidulés révèle de doux motifs enfantins, accrochée aux barreaux blancs du lit. Je la dépose délicatement sur le matelas légèrement incliné et ramène sur ce petit corps tout chaud le petit plaid en alpaga parme. Je la borde minutieusement et m'en vais sur la pointe des pieds, après avoir déposé une caresse sur la petite joue endormie.

 

Je rejoins sa maman, affairée aux devoirs de ses deux autres enfants. Elle me propose un thé en mimant le "V" de la victoire. Je souris. La luminosité extérieure fléchit, couvrant l'atmosphère studieuse du salon d'un voile doré. Je me sens bien. Le thé vert à l'anis chatouille ma curiosité et réchauffe mes lèvres, tandis que ma langue se délie et que je plonge, amusée, dans les confidences de cette nouvelle connaissance. J'aime ces instants privilégiés où à travers de simples questions on tâtonne, on se découvre à l'autre. J'observe aussi le comportement de cette super maman avec les deux plus grands. Le jeu de l'autorité borderline, entre souplesse et fermeté, jonglant avec des personnalités différentes mais déjà bien exprimées.

 

Et puis le babyphone grésille et des babillements m'appellent. Je descends au sous-sol pour redécouvrir un petit visage tout sourire. Et c'est le sacre de la première couche. " Moi j'utilise du Liniment, tu peux en mettre sur un coton pour bien nettoyer ... ". La maman n'est pas loin, joue avec le visage de bébé pendant que je remplace la couche utilisée et réenfile les tout petits collants de laine et le pantalon bouffant. Je me penche vers ce petit corps et je sens que mes gestes redeviennent naturels. Je le blottis tout contre moi et remonte à l'étage à la recherche du biberon. 

 

Nous nous installons confortablement dans le canapé pendant que la maman nous observe dans l'encadrement de la pièce. " Si tu vois qu'elle semble peiner, desserre un peu la tétine du bib' ... ". J'ai l'impression d'apprendre tout doucement, en cours particulier, comment bien s'occuper d'un si tout petit bébé. Et les petits yeux continuent de me dévisager tandis que la tétée reprend, imperturbable, son cours. Calée entre deux coussins mon épaule ne fatigue pas de supporter tout le poids de ce petit corps affairé. Je me sens bien, vérifiant régulièrement la position du biberon et contrôlant la régularité de la tétée. 

" Je vais en profiter pour faire mes vitres, cette maison est horrible pour ça, il y en a partout et elles sont gigantesques ! "

Un rire. Elle nous met au passage un CD de chansons pour enfants qui suffit pour combler mon bien-être. Loin, très loin les soucis de la vie quotidienne. Je m'enfonce avec plaisir un peu plus dans le canapé et fredonne quelques paroles oubliées.

 

Quelques rots plus tard, je découvre une nouvelle position de portage, une main sous les fesses du nourrisson et le bras en harnais, bébé a ainsi tout le loisir d'observer le monde qui l'entoure, le dos contre mon buste. Et cette nouvelle relation avec sa maman en face l'intrigue puis l'amuse. Mais vient déjà le temps des premiers bâillements et je redescends, doucement, l'escalier de la maison. Je replace ma nouvelle protégée dans son petit lit, attrape la tétine et la lui propose. Mais celle-ci, me redécouvrant enfin, ne se lasse plus de sourire, vocalisant sous la tétine. Alors je recommence à murmurer. Pleins de jolies promesses pour nos prochains après-midi. Je la recouvre à nouveau du petit plaid et la confie, à regrets, aux doux bras de Morphée.

 

Mon après-midi de douceurs touche à sa fin et c'est par quelques phrases maladroites que je remercie la maman sur le pas de la porte. Je sens que je ne suis pas la seule à me sentir apaisée et nos sourires se répondent en écho. Je quitte alors cette nouvelle famille, qui en une après-midi, a déjà rejoint les rangs de la grande famille que concentre mon coeur.

 

Un petit bisou envoyé du bout des doigts je reprends ma route vers mon chez-moi, les gestes encore emprunts de toute cette douceur qui entoure le monde merveilleux des tout petits.

Bon mercredi ! 

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Published by pillapon - dans Récits
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commentaires

Sun 18/12/2011 19:56

Je crois que je ne le dirais pas aussi bien que Laëticia l'a écrit, j'ai exactement les mêmes impressions qu'elle alors juste Merci :)

pillapon 01/12/2011 16:24

Alors là je suis flattée ... Merci Laëti pour tous ces petits commentaires que tu déposes si gentiment au bas de mes articles

Laëtitia 01/12/2011 11:42

Ce qui m'impressionne le plus, c'est, à chaque fois, la manière de profiter de chaque instant de la vie, de te rappeler tous ces petits détails, peut-être subtils, mais si beaux et touchants ...
Lorsque je lis tes productions, j'ai l'impression de vivre ces situations comme toi tu les as vécues ...
Je trouve que tout ce que tu écris, c'est une petite leçon de vie, pour profiter de chaque instant et de tous les détails qui en font partie ...
Merci Camille ... :)

pillapon 30/11/2011 20:50

Rhooo décidément ! En tous cas ça me touche vraiment si j'ai pu transmettre cette onde de douceur qui t'envahit quand tu portes un nouveau-né ... ;) Et merci pour l'offre d'emploi :)

Marine 30/11/2011 20:23

Tu me crois si je te dis que ce texte m'a donné envie d'être la maman d'un si charmant petit bébé! (je devrais penser à prévenir le papa quand même ^^) Et pour sûr je te prendrais comme
baby-sitter!!!

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