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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 22:05

Dsc00371.jpg Ma valise et mon gros sac sont toujours dans l'entrée. Deux verres d'eau prolongent encore le tête à tête imprévu qui s'est invité en fin d'après-midi. La télé allumée m'offre le fond sonore adéquat pour laisser mes pensées babiller. J'ai le nez bouché à force d'avoir éternué sous la clim du bus. Ma robe longue fleurie côtoie toujours le sol depuis que je m'en suis délestée tout à l'heure. Mon mal de tête, seul, se souvient de l'orage.

 

"Dégage". Un seul mot, terrible, hante mes pensées. Il s'associe avec un autre plus travaillé mais néanmoins lourd de sens : "poison". Tous deux sont sortis de ma bouche, comme des bouées de protection entre mon coeur et l'emprise morale de mon interlocuteur. J'ai paniqué. La fatigue, les déceptions et une profonde remise en question ont eu raison de mes nerfs. Ce matin, alors que je faisais ma valise, je rassemblais ma brosse à dents et autres bricoles quand je me suis agenouillée à même le sol, le front contre le plastique blanc du placard de la petite salle de bain et je me suis surprise à pleurer. Je ne savais pas exactement pourquoi mais je savais à cause de qui. 

 

Comme je sentais que tout m'échappait je n'ai trouvé qu'un seul refuge : l'écrin fermé et protecteur d'un appel téléphonique. Comme un SOS ultime, un besoin d'être entendue et d'entendre aussi. Mes sanglots dans la voix ont surpris mon cher et tendre quand j'ai tenté de répondre à sa question polie : "Tout va bien ?". Non. "Que s'est-il passé ?". Rien. Tout. Je ne sais pas. 

 

Tout a sûrement commencé au commencement. Une histoire de psychologie, d'histoires et blessures de famille qu'on reçoit en cadeau empoisonné alors qu'on vient juste de naître. Avec un paquet d'autres choses bien meilleures fort heureusement. Tout a sûrement commencé quand ma mère a posé son regard sur moi, sa première création, sa petite et fragile chose. Elle a du se sentir exister, même comblée, devenir mère ça change beaucoup de choses. 

 

Bien que grande solitaire j'ai eu une enfance heureuse, noyée dans le chahut familial.

 

Nos premiers heurts ont commencé vers mes 12 ans, pour une histoire de fringues de petite fille qu'elle continuait à m'obliger de mettre alors que je faisais la risée de tout le collège. J'ai beaucoup pleuré, beaucoup souffert des moqueries et méchancetés de mes pairs, détesté cette époque et les gens que j'y ai rencontré. Puis il y a du y avoir quelques cris pour le premier trait d'eye liner ou l'usage frauduleux de mascara. J'avoue que je ne m'en souviens pas bien. Je me souviens nettement mieux des brimades, des phrases qui me blessaient énormément : "Arrête de pleurer tout le temps. Affirme-toi, ne te laisse pas faire, tu es bien trop sensible c'est ridicule, tu fais des montagnes de rien." Je suis devenue timide, une ombre des autres, une ratée des relations sociales.

 

Puis j'ai découvert le théâtre qui m'a appris à parler plus fort, à m'affirmer un peu. Mais là encore j'ai rencontré une résistance maternelle et ai eu droit à un nouveau coup de poignard, le plus dur certainement : " Tu sais Camille, tu es mon premier bébé, je t'ai aimé plus que tout mais maintenant ce n'est plus ça. " Encore aujourd'hui j'entends l'écho de ces mots très durs qui m'ont harponné. Les années ont passées, je suis devenue une petite femme mais chaque étape de mon évolution a trouvé une réaction incompréhensible et très dure de la part de ma maman. Pour mes premières règles j'ai du mettre un tampon qu'elle se proposait de me placer pour que j'arrête mes chichis et sans lequel je n'aurai pas pu les accompagner à Aqualand. J'avais peur et je n'ai trouvé que de l'insistance et de la bravache de sa part. Mais j'ai fini par faire entrer le tampon. En ravalant mes larmes. 

 

A l'adolescence, forcément les choses ont empiré. Les heurts sont devenus plus violents et je me suis réfugiée dans l'écriture et la confession auprès d'amis lycéens plus compréhensifs. J'ai gardé une réserve que j'estime aujourd'hui nécessaire concernant mes premières fois, ses commentaires auraient pu abîmer mes souvenirs. Mais elle a tout de même réussi à s'infiltrer au coeur de mes relations naissantes et a souvent influencé mes décisions. A chaque coup dur amoureux elle a été l'oreille attentive à mes confessions, c'est vrai, mais souvent pour retourner certaines de mes paroles contre moi. 

 

Aujourd'hui je ne supporte plus ses critiques sur mes choix de vie : mon amoureux qui ressemble trop à mon père ( cet ingrat qui lui a fait 5 enfants sans en assumer l'éducation ), mon chat ( que j'ai mal élevé ), mes premières décisions d'adulte ( acheter une voiture- ne pas acheter de voiture : une nouvelle lubie de petite peste égoïste ). Je n'aime pas me rendre compte que nos seuls sujets de conversation tiennent plus de l'inventaire des critiques des uns et des autres ou que dans des débats avec d'autres adultes elle persiste à tenir des positions très tranchées à la limite du ridicule, juste pour s'élever contre mon opinion. Je n'aime pas non plus ses réflexions négatives et son habitude de se faire plaindre la plupart du temps.

 

Bref. Au bout de 2 mois de cohabitation ( même avec 3 semaines de pause ) j'ai implosé. Je sais qu'à partir d'un certain moment, moins on voit ceux qu'on aime et plus on les aime. C'est l'habitude que j'ai pris en vivant à Nice et force est de constater que l'excès de relation, au contraire de nous faire du bien, nous abîme.

 

C'est ma maman. Je l'aime énormément mais je la déteste aussi, souvent. Je voudrais juste arriver à lui expliquer que son côté dur-bravache-je-sais-tout-harpie nous a éloigné sur pas mal de points et m'oblige aujourd'hui à m'éloigner pour me protéger. Je ne pars pas longtemps, le boulot m'attend mercredi matin, mais j'espère que cette coupure de courant entre nous pourra faire évoluer les choses. Parce que je le souhaite, sincèrement.

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Published by pillapon - dans Récits
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commentaires

magali 21/08/2012 14:48

Zut pour le livre, si tu ne l'as pas trouvé d'ici la rentrée je serai ravie de te le prêter afin que tu puisses me donner ton avis ^^
Bon retour ce soir, ça fait toujours du bien de s'éloigner un peu pour laisser la tempête se calmer! Bonne fin d'été !

pillapon 21/08/2012 14:37

Merci pour ces conseils Magali ... Je rentre ce soir et on verra bien comment les choses vont se passer mais cette parenthèse Nice m'aura fait du bien. J'espère que tu passes un bel été ( je suis
poursuivie par une malédiction : je ne parviens pas à mettre la main sur le livre que tu m'as conseillé. A chaque fois que j'entre dans une librairie on m'annonce que le dernier a été vendu le
matin même ! lol. Je vais finir par croire qu'on ne veut pas que je le lise ^^ ), profite bien et à très vite ;)

magali 21/08/2012 09:21

Hooo petite Camille, ne t'en fais pas ces quelques jours vont calmer vos esprits à toutes les 2... Les relations avec sa maman ne sont pas toujours simples, mais je suis persuadée qu'elle t'aime
comme tu es, parfois les mots dépassent juste la pensée...
Essaie d'en reparler au calme avec elle, elle ne se rend peut être pas compte de l'importance des mots qu'elle prononce, pour toi et de leur effet...
Ma soeur avait une relation très très tumultueuse avec notre maman mais ça s'est arrangé avec le temps et elles sont maintenant très complices... je vous souhaite la même chose !
"La langue est la meilleure et la pire des choses..."

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