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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 20:26

Image-1-copie-9.pngPantalon de jogging blanc, tee-shirt préféré et grosse veste-pull, je suis parée pour une petite virée au parc. Dehors il fait beau, l'air est frais et mes lunettes de soleil cachent à peine les cernes malicieuses dessinées sous mes yeux. Mes baskets me permettent d'assurer la montée jusqu'au monastère en gardant la cadence alors que mes excès de la veille affolent encore mon petit coeur. Mes tempes bourdonnent de questions, ma gorge est sèche et j'interdis à ma main de consulter encore une fois l'écran d'accueil de mon Iphone. Je me souviens de mes pensées bizarres entre 6 et 9 h du matin, l'esprit encore délicieusement embrumé par l'alcool. Mais malgré ma petite nuit j'ai l'impression d'être dans une forme olympique. L'effet redbull sûrement qui coule toujours dans mes veines. Les grandes marches franchies je souffle un peu en retrouvant le plat.

 

Levée depuis l'aube, elle avait déjà enfourné deux pains d'épices faits maison, fini son livre sur le grand voyage de Nicolas Vannier offert à Noël par ses petits-enfants, et bien avancé son tricot pour l'arrivée imminente d'un nouveau petit fils. Elle était contente d'elle et avait décidé de s'offrir quelques heures de soleil aux jardins du Monastère, humant déjà l'odeur des nouveaux freesias plantés par les jardiniers, une fois son repas de midi avalé. Elle avait donc plié la belle couverture aux motifs écossais dans son panier en osier, attrapé un chapeau et ses lunettes de soleil afin de protéger sa peau, plus sensible d'années en années. Son regard accrocha alors une photo sur le petit secrétaire du téléphone, et à la vision de son amour envolé, elle sourit en envoyant un baiser. 

 

Mon téléphone émet alors une sonnerie connue et je me précipite pour lire le nouveau message qui s'affiche. Fausse alerte. Ma tension redescend d'un cran et ma main tremble un peu en replaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille. Je suis forte, je suis forte, je suis forte. Mon esprit tente par tous les moyens de court-circuiter mon coeur. Pense à autre chose, à cette nuit de folie par exemple, aux déhanchements sur la piste de danse, aux rires éméchés dans l'attente du tramway. Aux confessions franches, les yeux humides de sentiments mélangés. Et ça marche, je me prends à sourire.

 

La porte bien fermée à double tour, elle descend tranquillement les marches du perron. Un sourire au voisin, elle referme le portillon sur son passage, avec le geste élégant que permet l'ancienneté. Elle marche doucement, s'arrête à l'arrêt de bus pour consulter les horaires de passage, hausse les épaules en devinant qu'aucun bus ne passera avant 30 minutes. Tant pis pour son cardiologue qui la réprimandera jeudi prochain, mais si elle ne se presse pas, enfin la marche n'a jamais tué personne ! 

Elle pense à ses enfants, tous déjà installés et entourés d'êtres aimés. Quelles montagnes russes que la vie ! On trépigne tellement d'impatience avant d'atteindre l'apogée de l'attraction alors que le moment de bonheur passe si vite, et nous voilà déjà en bas, le coeur encore un peu chahuté par les loopings à répétition. 

 

 

En fait, en marchant comme ça il fait chaud. Je regrette un peu l'épaisseur de ma veste apportée par la laine tout en contemplant le point of view qu'offre l'altitude. Les grandes grues qui encadrent le quartier Pasteur, la pharmacie au coin de l'angle et là-bas, plus loin le pont du Paillon. Paillon-Bayon. Et mes pensées sont déviées vers la vision d'un autre petit pont de bois, entouré de nature et d'odeurs de sous-bois. J'entends même l'eau tranquille qui s'écoule sous sa protection. Et mon petit coeur me porte au-delà du chemin crée à travers l'herbe sauvage, plus loin encore que le gros tas de bois ramassé pour l'hiver, dépassant les balançoires qui semblent un peu s'ennuyer depuis quelques années, pour déboucher sur un patio encadré par un joli portail en fer forgé blanc. Et je les devine, tous, les miens, bien occupés aux différentes taches que requiert un dimanche après-midi.

 

Le soleil joue à cache-cache et après une bonne heure passée à bavarder avec le jardinier de la roseraie, elle décide de plier bagage, tirant à elle la grande couverture aux motifs écossais. Il est temps de rentrer. Ses joues ont pris quelques couleurs et elle se sent toute demoiselle, son grand chapeau de toile sur la tête. Le trajet est plus agréable qu'à l'aller ; la descente donne un petit coup de pouce à ce coeur rechignant à l'effort. Elle songe déjà aux mots croisés qu'elle va retrouver et se demande ce qu'il y a ce soir au programme télé.

 

Je suis bientôt arrivée quand mon regard rencontre l'ombre d'une élégante vieille dame, un chapeau fleuri sur la tête. Curieuse je commence à la détailler et surprend ses yeux pétillants faire de même avec moi. De beaux yeux élégamment relevés d'une sage pointe de mascara, que les petites rides autour magnifient d'un voile de tendresse. Et à travers cet échange de regards, j'en apprends d'un coup davantage sur moi. J'imagine sa petite vie bien rangée, ses petits enfants qui n'appellent que très rarement, ses journées rythmées par des activités choisies méticuleusement. Et la réalité de ma jeunesse me fauche sur son passage. En un éclair je ressens le plaisir de la danse, le lâcher prise qu'offre l'alcool, les fous-rires à répétition et l'insouciance, surtout, de mes vingt ans. 

J'arrive alors à me détacher de ses yeux et laisse nos ombres se frôler, un court moment, pour finalement se dissocier complètement. Alors oui, je dis adieu à ma vie trop bien rangée, à mes soirées paresse devant la télé, et décide d'ouvrir le champ des possibles le plus grand possible. Je suis avide de découvertes, de rencontres et de moments d'égarements. 

 

Je veux vivre, simplement. Et quitte à ce que ça vaille le coup, complètement à-la-folie-ement.

 

 

 

Article dédicacé à ma voisine de coeur et de rue, en souvenir d'une nuit mémorable, ainsi qu'à mes nouveaux acolytes Candice, Clémence, Jean Anaël et Julien.

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Published by pillapon - dans Récits
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Solène 18/03/2012 22:35

La voisine est touchée... ! C'était un plaisir de te faire découvrir ce beau monde du rire et on est parties pour refaire moults soirées comme celles-là ! :)
Les phrases sont toujours aussi bien tournées petite écrivain ! Et mes apparitions dans tes articles font toujours chaud au coeur !
Des bisous ma Voisinette

Sun 18/03/2012 21:48

Moi non plus je ne te harcèles pas ;) ça me démangeait de lire ton nouvel article ! et je suis pas déçue, il résonne particulièrement en moi et m'a pas mal retourné... merci Camille !

Marianne 18/03/2012 21:40

Promis, ce n'est pas du harcèlement ! Je me suis seulement connectée en même temps que le partage de cet article.

Et quel article, encore une fois ! C'est beau la vie :)
Et vive ta voisine, et les autres !

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