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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 20:49

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Lundi 31 octobre 2011, 10h30 :

 

Le vombrissement d'un téléphone sur le bureau à côté du lit me tire de mes rêveries. Tout doucement je soulève un bout de couette et tends un bras encore tout endormi à la recherche ( tactile ) du satané smart phone. Raté. Un appel en absence. Nouveau sursaut téléphonesque quelques secondes plus tard. Nouveau message vocal. Je grogne en ramenant au chaud le bras malchanceux. Je change de côté et me blottis tendrement contre l'invité de mes songes. Celui-ci dort toujours profondément. Je souris et referme les yeux.

 

 

Lundi 31 octobre 2011, 11h30 :

 

Alors que je déjeune d'éclats de rire et de clins d'oeil complices mon téléphone joue encore les Cassandre, m'informant de nouveaux appels manqués. J'arrive enfin à décrocher ( à temps ) et un RDV est enfin fixé par une voix masculine. Suis un appel de Mamita quémandant quelques nouvelles de son ingrate petite fille. Je ris.

 

 

Lundi 31 octobre 2011, 13h30 : 

 

Alors que je m'apprête à sauter dans un bus, mon cher et tendre m'attrape par la taille et c'est parti pour un moment de tendresse. J'adore. Mes cheveux à peine secs de la douche jouent les libertins sur mes épaules. Je me sens belle, je me sens bien.

 

 

Lundi 31 octobre 2011, 14h15 :

 

Après la montée d'une vingtaine de marches bien tassées, mon petit coeur bat la chamade dans ma poitrine. Je reprends mon souffle et m'apprête à sonner à la porte du numéro indiqué sur mon petit papier violet. Je regarde l'heure sur mon portable, souris en pensant que bientôt je serais à nouveau dans ses bras.

 

 

Lundi 31 octobre 2011, 15h05 :

 

Je redescends les marches à la volée, le visage défait. Les yeux gonflés de larmes. Une camionnette passe devant moi et le conducteur me fait un sourire de travers. Je me sens sale. Mes mains tremblent. Je poursuis ma descente en rageant intérieurement. Je me sens faible. Je me sens mal.

 

 

Lundi 31 octobre 2011, 15h25 :

 

Je descends maladroitement du bus. Des types louches descendent en même temps que moi. J'ai peur, je ne sais même pas pourquoi. Je contourne le bus et traverse vite la route. " Hé, attention mad'moizelle, vous zallé vous faire écraser et ça serait bien dommage hein " ( rires gras ). Je me sens partir, mes yeux se plissent, je marche encore plus vite. J'arrive devant le hall d'entrée, je trébuche sur la marche, je cherche, fébrile, mes clefs. Le tintement familier me rassure un peu. Vite, bientôt je pourrai enfin imploser. L'ascenseur est déjà là, je m'y engouffre en croisant très fort les doigts. Contiens-toi. Encore un peu. J'arrive enfin devant ma porte, la respiration saccadée. J'entre dans l'appartement et je le vois, assis, bien occupé. Il me demande si tout va bien. Je referme la porte. Je tremble, la tête contre le faux bois, mon front soudain brûlant. Il est tout alarmé. Je me retourne, fonce dans ses bras et lâche prise à mon malheur.

 

 

Lundi 31 octobre 2011, 16h45 :

 

Je suis dans le box d'une salle du commissariat. Mon homme est là, me tenant la main. Mon interlocutrice essaie de détendre l'atmosphère. Je souris, faiblement. On me demande ma carte d'identité. Je me concentre, souffle un coup et réponds à toutes les questions. Un tapotement de touches de clavier fait écho à mes paroles. L'imprimante se met à cracher du papier. Je dois signer, là. Et voilà, j'ai déposé ma première main courante.

 

 

Mercredi 2 novembre 2011, 15h00 :

 

Un numéro masqué s'affiche sur l'écran de mon téléphone. Une boule au ventre me prend soudain et je ne décroche pas. J'attends un peu. Ah, nouveau message vocal. " Bonjour Mlle, ici le commissariat de police. Je viens de lire votre déposition suite à la main courante que vous avez déposée lundi dernier et souhaiterai m'entretenir avec vous à ce sujet. " Je rappelle aussitôt. " Je pense qu'une plainte pourrait sérieusement être envisagée mademoiselle car même s'il n'y a pas eu de violence à votre égard il y a eu atteinte à la pudeur ! ". Quelques mots, maladroits. " Mais je ne veux pas vous y forcer, je comprends très bien que vous soyez jeune et que cette triste expérience ne demande qu'à être oubliée, cependant vous pouvez nous aider en allant au-delà d'une main courante qui n'engage aucune poursuite, juste un signalement." Acquiescement. J'accuse le coup, j'ai besoin d'y réfléchir. " Je reste à votre disposition si vous souhaitez en reparler. En attendant bonne continuation à vous et prenez garde à l'avenir."

 

Mon coeur bat la chamade. J'ai les joues rouges. Mes yeux lisent et relisent l'écran d'ordinateur qui présente le cours que j'étais en train de ficher. J'ai envie de vomir. Je me sens mal. J'ai besoin de quelqu'un. Juste pour parler, pour évacuer. 

 

Le téléphone, fixe cette fois-ci, sonne. La voix claire et joyeuse de ma mère me sort de mon angoisse. Et je craque enfin et lui raconte tout. Silence. Et juste un rire, jaune. " Décidément ils s'y mettent tous à la mode DSK ". Je lui confie ma faiblesse, mes craintes, mon doute. Et elle me surprend, comme toujours. 

 

" Non mais attends là, c'est maintenant qu'il faut être féministe Camille. C'est là que tu fais véritablement avancer les choses. En parlant. En faisant voler en éclats tes craintes de victime. Certes, la main courante à été une bonne action. Mais il faut que ça lui serve de leçon à ce pervers ! Tu es une Tristane BANON qui ne va pas attendre 10 piges pour faire entendre sa voix. Et puis si ça donne lieu à des poursuites judiciaires tu t'en fous t'es pas connue. Il ne faudrait juste pas que ça te fragilise et enfonce le couteau dans la plaie. Alors fais ce qu'il te semble bon pour toi avant tout mais n'oublie pas la cause féministe ma puce. Et ce n'est pas ce con qui doit maintenant te faire peur. Tu ne risques rien, tu m'entends. Rien de plus que tout un chacun dans sa vie de tous les jours. Et tout peut arriver. Mais si on se barricade contre le risque éventuel, on ne vit plus ma chérie. Alors termine cette histoire, va jusqu'au bout et tourne la page bien vite après. J'ai confiance en toi. "

 

 

Mercredi 2 novembre 2011, 21h30 :

 

C'est la tête confuse et les idées embrouillées que j'essaie de trouver la meilleure approche pour vous raconter ce que j'ai ressenti et dans quel état je suis ce soir. Des nems et un bol de riz cantonnais ont adouci mes aigreurs d'estomac. L'odeur encore présente de mon chéri sur mon oreiller m'aide à faire face à tous ses sentiments contradictoires qui me submergent depuis lundi. Je voulais que vous soyez informés. Tous en une seule fois. Afin de m'éviter les nouveaux récits qui me fragilisent plus que je ne pouvais le penser. Et puis pour que ce soit une sorte de témoignage qui puisse aider quelqu'un un jour aussi à en parler. Ne vous inquiétez pas rien de grave n'est arrivé, j'ai juste été choquée. 

 

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Published by pillapon - dans Récits
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commentaires

Laëtitia 03/11/2011 11:19


Copinette, lorsque j'ai lu ta publication, j'en suis restée sans voix. Sans vouloir vraiment y croire ...
Ta maman a bien raison. Et si tu as besoin d'aide, pour quoi que ce soit, même si c'est juste pour avoir quelqu'un avec toi, n'hésite pas ... :)
Cet aprèm', ciné, on va te changer les idées :)
GROS BISOUS


Solène 03/11/2011 00:06


Si j'avais lu ce texte un peu plus tôt, je t'aurais ordonné de venir avec nous ce soir ma voisinette... :( J'en ai la chair de poule et j'étais bien contente d'arriver à la conclusion qu'il n'y a
rien eu de "grave".
Tu sais que si tu as besoin, je suis tout prêt, je peux être là en moins de 2 minutes alors n'hésite pas si tu en as besoin !!
Chasse vite ces mauvaises pensées et suis les conseils de ta maman, ce sont toujours les meilleurs !
Gros bisous


Marion 02/11/2011 23:08


... Dur de commencer ce commentaire parce que je ne sais quoi écrire.
Les paroles de ta maman sont pleines de bon sens. Et ton texte m'a énormément émue.
Elle a raison en te disant que tu ne dois pas avoir peur de cet homme. Aucune femme ne devrait craindre un homme.
Sois forte, fais entendre ta voix et n'oublie jamais que tu n'es pas seule, ma belle Camille.
J'espère que ça va aller...
De gros bisous, à demain.


Jankolique 02/11/2011 22:59


En espérant qu'un petit commentaire te remonte le moral... (J'émets des doutes là-dessus, mais qui ne tente rien n'a rien!)
Comment te dire que ce texte prend aux tripes, par ce qu'il raconte et par la manière dont il est tourné ? Comment dire à quel point il est beau de voir ce que l'écriture te permet de surmonter ?
Et, surtout, comment te demander si ça va aller ?


Lolo 02/11/2011 22:47


Ne sachant pas tous les détails de l'histoire, je n'en suis que plus attristé...
J'ai ordonné a ton chéri de s'occuper de toi, même si je me doute qu'il fait déjà tout ^^

Porte toi bien, j’espère que ça va !


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