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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 16:39

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J'avais déjà entendu parler de ces expériences d'un autre mode de vie proposées par la journaliste Alexandra Alévêque, notamment sur le quotidien d'une personne obèse. J'avais trouvé la démarche intéressante, les propos de la jeune femme intelligents et la manière de traiter le sujet assez bouleversante : comme un retournement de point de vue où on troque notre corps/vie dit "normal" contre celui/celle de quelqu'un d'autre stigmatisé par notre société. 

 

Hier soir donc sur France2 elle revenait nous proposer de la suivre lors d'une nouvelle expérience : vivre 21 jours dans la peau d'une aveugle. J'étais très fatiguée hier soir et commençais à prendre le chemin de mon lit quand la pub s'est affichée à l'écran et a totalement capté mon attention. J'ai été comme aimantée par ce sujet et ça a été une expérience très instructive mais également violente au niveau remise en question du quotidien.

 

Alexandra Alévêque s'est fait poser des "pansements" pour occulter sa vue sous contrôle médical pendant tout le temps de cette expérience qui a duré 3 semaines. Elle s'est donc volontairement plongée dans le noir, avec un peu d'appréhension tout de même au départ, mais je pense sans imaginer toute la réalité que ça recouvrait. Et je pense que personne, avant d'en avoir fait l'expérience comme Alexandra ou malheureusement de perdre la vue accidentellement, ne se doute de la montagne de difficultés que rencontre la personne aveugle dans son quotidien.

 

Elle est donc sortie de la clinique accrochée au bras d'un de ses cadreurs, très perturbée par le manque de repères visuels aidant sa marche. Elle avait la sensation, disait-elle, de " risquer de se prendre quelque chose en pleine figure, comme s'il n'y avait que des pièges " tout autour d'elle. Et pour cause : trottoirs en biais, changement de revêtement, passages piétons, feux rouges et marches pour se rendre à son appartement du 5° étage sans ascenseur ont été un véritable parcours du combattant. Elle nous apparaissait très hésitante dans chacun de ses pas, ne sachant pas trop comment les positionner, et très perturbée dès qu'un élément du sol ( trottoir en biais ) variait de la norme, rompant une régularité sur laquelle elle aurait pensé pouvoir se reposer. Pour rejoindre son appartement elle s'est fait la réflexion à haute voix de "compter les étages et de ne pas perdre le fil " au risque de ne pas s'arrêter sur le bon palier. Ses clefs trouvèrent la serrure presque naturellement, comme l'emplacement de ses différentes lampes à allumer dans l'appartement : comme si ses gestes étaient guidés par l'habitude ou le souvenir d'une visualisation spatiale coutumière. Elle se heurta tout de même à quelques uns de ses meubles qu'elle s'essayait à reconnaître aux coins et à la surface. 

 

Première nuit. Le réveil sonne et sa main tatônne un peu avant d'arrêter la sonnerie : premier soulagement vite ombragé par l'incapacité de pouvoir allumer son poste de radio dans la cuisine pour déjeuner. Et ce premier repas de la journée lui réserve également quelques surprises : pas évident d'aller chercher les différents éléments/aliments puis de se souvenir de la façon dont on les a placés sur la table pour s'en servir une fois assise. Idem pour se laver et s'habiller. En tout ces 3 actions quotidiennes réalisées en maximum une heure en temps normal lui prendront au minimum une heure chacune durant tout le long de l'expérience. Engendrant une grande fatigue l'obligeant à se reposer juste après. 

 

Ses journées sont longues. Elle s'ennuie. Et se rend compte que la seule activité qui lui reste accessible est d'écouter de la musique. Plus de magazines à feuilleter, plus possible de lire un livre ou même de faire une activité de ses mains ( comme cuisiner, dessiner ou écrire ).

 

Elle se rend, grâce à l'aide de l'équipe de tournage, dans différentes associations où elle suit quelques cours pour apprendre notamment à reconnaître les différents pièces de monnaie et à se diriger dans la rue à l'aide d'une canne. Elle est totalement dans la peau d'une aveugle, ne pouvant compter que sur ses autres sens pour évaluer et se figurer le monde qui l'entoure. Elle prend alors conscience de certains réflexes qui s'imposent à son corps : alors qu'elle tente de se diriger sur un trottoir, avant même que sa canne ne touche le mur qui soudain délimite celui-ci, tout son corps sursaute d'un coup, comme s'il avait ressenti le volume du mur différent de celui du vide qui l'entourait avant. Son éducatrice lui explique alors qu'elle développe un sens appelé le " sens des masses " grâce à la perception différente qu'engendre du vide ou un mur pour notre oreille.

 

Aexandra craque aussi quand au bout d'une dizaine de jours elle se rend compte que ses repères spatio-temporels s'estompent et que les réflexes tels qu'allumer une cigarette s'oublient. Comme si notre représentation mentale - en tant que voyant - du monde qui nous entoure était sans arrêt renouvelée par la vision. 

 

Elle rencontre également des non-voyants qui lui font part de leurs expériences avec une sincérité bouleversante, reflétant les stades d'acceptation du handicap : colère, doute concernant l'intérêt d'une telle existence mais également déception par entrave aux bonheurs simples de la vie. En effet comment manger avec appétit quand on ne voit même pas ce qu'on mange ? Mais d'autres aussi apprivoisent leur cécité, puisant même dans cette rage de vivre de nouvelles impulsions et brillantes victoires concernant le travail, les passions et même leur vie de famille. 

 

Sans oublier Emmie, âgée de 5 ans et non voyante depuis sa naissance. Emmie qui n'a pas elle, à réapprendre le quotidien mais à s'en créer un avec tout l'amour et les efforts de son entourage. Emmie scolarisée en GS de maternelle qui stimule énormément ses pairs qui attachent une grande importance à lui formuler tout ce qu'elle "rate" en ne voyant pas. Pour le plus grand plaisir de la maîtresse qui considère cette expérience comme une belle leçon sur la différence et l'évolution non négligeable dans le domaine du langage que le fait de tout devoir verbaliser pour communiquer avec elle demande à ses petits camarades.

 

Non vraiment, j'ai trouvé ce documentaire d'une réalité poignante et faisant preuve d'une grande humanité, sans côté larmoyant ni voyeur, nous montrant à quel point notre société n'est pas adaptée aux besoins de ceux qui ne sont pas 100% valides.

 

De quoi inciter chacun à se montrer plus attentif et à mieux apprécier la liberté des gestes du quotidien.

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Published by pillapon - dans Sujet de discussion
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commentaires

Laëtitia 24/11/2012 20:49

Bien que tu m'en ais parlé dans la semaine, ton récit m'a fait "vivre" l'émission, et ressentir ce que tu as ressenti ... Merci :)

Roxane - Le canard des Lapines 23/11/2012 15:53

Merci pour ton article. Je n'ai pas vu l'émission mais cela me donne envié de la regarder ! C'est important de comprendre qu'effectivement tout le monde n'est pas égaux pour cela et on a tendance à
l'oublier... Je vois beaucoup d'aveugles dans les transports en communs, et bien je leur dit chapeau ! Car cela ne soit vraiment pas être évident...
Bises

pillapon 21/11/2012 22:24

Merci beaucoup pour ton commentaire Sun ! Tes mots me vont droit au coeur, surtout quand j'écris sur des sujets où je le laisse parler ;)
En tous cas je te conseille vraiment de ne pas louper une éventuelle rediffusion de ce superbe documentaire ! Et je serais ravie d'en discuter par la suite avec toi :)
Passe une belle soirée !

Sun 21/11/2012 18:12

Merci pour l'info, je n'avais pas du tout eu vent de ce programme, je vais très vite le regarder ! J'avoue parfois y penser, qu'est-ce que cela ferait de perdre la vue, l'audition, de l'imaginer
dans la vie quotidienne mais je crois que je ne dois pas voir non plus toutes les conséquences, alors ce doc' m'ouvrira sûrement encore plus les yeux !
Ps : ton article est comme toujours très bien écrit, tout est si joliment dit (même dans ton comm') et donne envie comme tous les autres !

pillapon 21/11/2012 18:05

J'ai encore des frissons en écrivant ces lignes, tellement je n'imaginais pas mais alors pas du tout toutes les difficultés que recouvrait la cécité. Je pense que je ne voyais pas plus loin que la
tristesse imposée par la perte de la vision des siens ou des belles images que la vie nous donne à voir sans imaginer que cela entravait des gestes encore plus basiques, voire vitaux.
Non ce documentaire est vraiment poignant et je suis très redevable à cette journaliste de nous permettre à travers des reportages de ce genre, de côtoyer le handicap d'un autre côté, le nôtre.

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